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SCÈNE IV

Les CHEVALIERS.

CATANE

Déjà dé la saisir l'ordre est donné par nous. Sans doute il est affreux de voir tant de noblesse, Les grâces, les attraits, la plus tendre jeunesse, L'espoir de deux maisons, le destin le plus beau, Par le dernier supplice enfermés au tombeau. Mais telle est parmi nous la loi de l'hyménée : C'est la religion lâchement profanée, C'est la patrie enfin que nous devons venger. L'infidèle en nos murs appelle l'étranger! La Grèce et la Sicile ont vu des citoyennes, Renonçant à leur gloire, au titre de chrétiennes, Abandonner nos lois pour ces fiers musulmans Vainqueurs de tous côtés et partout nos tyrans : Mais que d'un chevalier la fille respectée,

(A O'rbassan.) Sur le point d'être à vous et marchant à l'autel, Exécute un complot si lâche et si cruel ! De ce crime nouveau Syracuse infectée Veut de notre justice un exemple éternel.

LORÉDAN

Je l'avoue en tremblant; sa mort est légitime : Plus sa race est illustre et plus grand est le crime. On sait de Solamir l'espoir ambitieux, On connaît ses desseins, son amour téméraire, Ce malheureux talent de tromper et de plaire. D'imposer aux esprits et d'éblouir les yeux. C'est à lui que s'adresse un écrit si funeste, a Régnez dans nos États : » ces mots trop odieux Nous révèlent assez un complot manifeste. Pour l'honneur d'Orbassan je supprime le reste; 11 nous ferait rougir. Quel est le chevalier Qui daignera jamais, suivant l'antique usage, Pour ce coupable objet signaler son courage, Et hasarder sa gloire à le justifier?

CATANE

Orbassan, comme vous nous sentons votre injure; Nous allons l'effacer au milieu des -combats. Le crime rompt l'hymen : oubliez la parjure. Son supplice vous venge et ne vous flétrit pas.

ORRASSAN.

Il me consterne, au moins... et, coupable ou fidèle, Sa main me fut promise... On approche... C'est elle Qu'au séjour des forfaits conduisent des soldats... Cette honte m'indigne autant qu'elle m'offense : Laissez-moi lui parler.

Les CHEVALIERS, sur le devant; AMÉNAÏDE. au fond, entourée de gardes.

AMÉNAÏDE, dans le fond.

0 céleste puissance !

Ne m'abandonnez point dans ces moments affreux. Grand Dieu ! vous connaissez l'objet de tous mes

[vœux ; Vous connaissez mon cœur : est-il donc si coupable .'

CATANE

Vous voulez voir oncor cet objet condamnable?

ORBASSAN

Oui, je le veux.

CATANE

Sortons. Parlez-lui, mais songez Que les lois, les autels, l'honneur, sont outragés: Syracuse à regret exige une victime

ORBASSAN

Je le sais comme vous : un même soin m'anime. Éloignez-vous, soldats.

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