‹ Théâtre completChapitre 682 sur 1720 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

TANCRÈDE, suivi de deux écuyers qui portent sa lance } son écu, etc.; ALDAMON.

TANCRÈDE

A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère! Qu'avec ravissement je revois ce séjour! Cher et brave Aldamon, digne ami de mon père, C'est toi dont l'heureux zèle a servi mon retour. Que Tancrède est heureux! que ce jour m'est pros- Tout mon sort est changé. Cher ami ! je te dois [père ! Plus que je n'ose dire et plus que tu ne crois.

ALDAMON.

Seigneur, c'est trop vanter mes services vulgaires, Et c'est trop relever un sort tel que le mien; Je ne suis qu'un soldat, un simple citoyen...

TANCRÈDE

Je le suis comme vous : les citoyens sont frères.

ALDAMON.

Deux ans dans l'Orient sous vous j'ai combattu. Je vous vis effacer l'éclat de vos ancêtres ; J'admirai d'assez près votre haute vertu: C'est là mon seul mérite. Élevé par mes maîtres, Né dans votre maison, je vous suis asservi. Je dois...

TANCRÈDE

Vous ne devez être que mon ami.

Voilà donc ces remparts que je voulais défendre, Ces murs toujours sacrés pour lecœurleplustendre.

La splendeur de leurs faits, leurs nobles entreprises. Votre nom seul ici manquait à ces grands nom-.

TANCRÈDE

Que ce nom soit caché, puisqu'on le persécute; Peut-être en d'autres lieux il est célèbre assez.

(A ses écuyers.) Vous, qu'on suspende ici mes chiffres effacés : Aux fureurs des partis qu'ils ne soient plus en butte; Que mes armes sans faste, emblème des douleurs, Telles que je les porte au milieu des batailles, Ce simple bouclier, ce casque sans couleurs, Soient attachés sans pompe à ces tristes murailles. (Les écuyers suspendent ses armes aux places vides, an

milieu des autres trophées.) Conservez ma devise, elle est chère à mon cœur : Elle a dans mes combats soutenu ma vaillance; Elle a conduit mes pas et fait mon espérance; Les mots en sont sacrés: c'est l'amour et l'honneur. Lorsque les chevaliers descendront dans laplace, Vous direz qu'un guerrier, qui veut être inconnu, Pour les suivre au combat dans leurs murs est Et qu'à les imiter il borne son audace. [venu,

[A Aldamon.) Quel est leur chef, ami?

ALDAMON.

Ce fut depuis trois ans.

Comme vous l'avez su, le respectable Argire.

TANCRÈDE, à part.

Père d' Aménaïde !...

ALDAMON.

On le vit trop longtemps Succomber au parti dont nous craignons l'empire. Il reprit à la fin sa juste autorité : On respecte son rang, son nom, sa probité; Mais l'âge l'affaiblit. Orbassanlui succède.

TANCRÈDE

Orbassan! l'ennemi, l'oppresseur de Tancrède! Ami, quel est le bruit répandu dans ces lieux? Ah! parle, est-il bien vrai que cet audacieux D'un père trop facile ait surpris la faiblesse; Que sur Aménaïde il ait levé les yeux, Qu'il ait osé prétendre à s'unir avec elle ?

ALDAMON.

Hier confusément j'en appris la nouvelle. Pour moi, loin de la ville, établi dans ce fort Où je vous ai reçu, grâce à mon heureux sort, A mon poste attaché, j'avouerai que j'ignore

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