‹ Théâtre completChapitre 737 sur 1720 · CASSANDRE, OLYMPIE · texte numérisé non relu

CASSANDRE, OLYMPIE

OLYMPIE, courbée sur l'autel sans voir Cassandre.

Que mon cœur se soulève !

Qu'il est désespéré!... qu'il se condamne! hélas! [Apercevant Cassandre.)

Que vois-je?

CASSANDRE

Votre époux.

OLYMPIE

Non, vous ne l'êtes pas.

Non, Cassandre... jamais ne prétendez à l'être.

CASSANDRE

Eh bien ! j'en suis indigne, et je dois me connaître. Je sais tous les forfaits que mon sort inhumain, Pour nous perdre tous deux, a commis par ma main. J'ai cru les expier, j'en comble la mesure; [jure... Ma présence est un crime et ma flamme une in- Mais, daignez me répondre... ai-je par mes secours Aux fureurs de la guerre arraché vos beaux jours?

Pourquoi les conserver?

CASSANDRE

Au sortir de l'enfance Ai-je assez respecté votre aimable innocence? Vous ai-je idolâtrée?

OLYMPIE

Ah ! c'est là mon malheur.

CASSANDRE

Après le tendre aveu de la plus pure ardeur, Libre dans vos bontés, maîtresse de vous-même, Cette voix favorable à l'époux qui vous aime, Aux lieux où je vous parle, à ces mêmes autels, A joint à mes serments vos serments solennels !

OLYMPIE

Hélas ! il est trop vrai... Que le courroux céleste Ne me punisse pas d'un serment si funeste !

CASSANDRE

Vous m'aimiez, Olympie !

OLYMPIE

Ah ! pour comble d'horreur, Ne me reproche pas ma détestable erreur. Il te fut trop aisé d'éblouir ma jeunesse ; D'un cœur qui s'ignorait tu trompas la faiblesse ; C'est un forfait de plus... Fuis-moi : ces entretiens Sont un crime pour moi plus affreux que les tiens.

CASSANDRE

Craignez d'en commettre un plus funeste peut-être En acceptant les vœux d'un barbare et d'un traître, Et si pour Antigonc...

OLYMPIE

Arrête, malheureux!

D'Antigonc et de toi je rejette les vœux. Après que cette main, lâchement abusée, S'est pu joindre à ta main de mon sang arrosée, Nul mortel désormais n'aura droit sur mon cœur. J'ai l'hymen, et le monde, et la vie en horreur. Maîtresse de mon choix, sans que je délibère, Je choisis les tombeaux qui renferment ma mère; Je choisis cet asile où Dieu doit posséder Ce cœur qui se trompa quand il put te céder. J'embrasse les autels et déteste ton trône, Et tous ceux de l'Asie... et surtout d'Antigone. Va-t'en, ne me vois plus... Va, laisse-moi pleurer L'amour que j'ai promis et qu'il faut abhorrer.

CASSANDRE

Eh bien ! de mon rival si l'amour vous offense, Vous ne sauriez m'ôter un rayon d'espérance ; Et quand votre vertu rejette un autre époux, Ce refus est ma grâce et je me crois à vous. Tout souillé que je suis du sang qui vous fît naître, Vous êtes, vous serez la moitié de mon être; Moitié chère et sacrée, et de qui les vertus Ont arrêté sur moi les foudres suspendus, Ont gardé sur mon cœur un empire suprême, Et devraient désarmer votre mère elle-même.

OLYMPIE

Ma mère !... Quoi ! ta bouche a prononcé son nom !

Ah ! si le repentir, si la compassion,

Si ton amour, au moins, peut fléchir ton audace,

Fuis les lieux qu'elle habite et l'autel que j'em- Laisse-moi. [brasse.

Non, sans vous je n'en saurais sortir.

A me suivre à l'instant vous devez consentir.

(// la prend par la main.) Chère épouse, venez.

OLYMPIE, la retirant avec transport.

Traite-moi donc comme elle :

Frappe une infortunée à son devoir fidèle ; Dans ce cœur désolé porte un coup plus certain : Tout mon sang fut formé pour couler sous ta main : Frappe, dis-je.

GASSANDBE.

Ah ! trop loin vous portez la vengeance ; J'eus moins de cruauté, j'eus moins de violence. Le ciel sait faire grâce et vous savez punir; Mais c'est trop être ingrate et c'est trop me haïr.

OLYMPIE

Ma haine est-elle juste et l*as-tu méritée?... Cassandre, si ta main féroce, ensanglantée, Ta main qui de ma mère osa percer le flanc, N'eût frappé que moi seule et versé que mon sang. Je te pardonnerais, je t'aimerais... barbare. Va, tout nous désunit.

CASSANDRE

Non, rien ne nous sépare.

Quand vous auriez Cassandre encor plus en horreur, Quand vous m'épouseriez pour me percer le cœur, Vous me suivrez... 11 faut que mon sort s'accomplisse.

Laissez-moi mon amour, du moins pour mon supplice :

Ce supplice est sans terme, et j'en jure par vou^. Haïssez, punissez, mais suivez votre époux.

CASSANDRE, OLYMPIE, SOSTÈNE.

SOSTÈNE.

Paraissez, ou bientôt Antigone l'emporte. 11 parle à vos guerriers, il assiège la porte, Il séduit vos amis près du temple assemblés; Par sa voix redoutable ils semblent ébranlés : Il atteste Alexandre, il atteste Olympie. Tremblez pour votre amour, tremblez pour votre Venez. [vie.

CASSANDRE

A mon rival ainsi vous m'immolez !

Je vais chercher la mort, puisque vous le voulez.

OLYMPIE

Moi, vouloir ton trépas !... va, j'en suis incapable... Vis loin de moi.

CASSANDRE

Sans vous, le jour m'est exécrable; Et, s'il m'est conservé, je revole en ces lieux, Je vous arrache au temple ou j'y meurs à vos yeux.

(// sort avec Sostène.)

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