LE TRIUMVIRAT, ACTE II, SCÈNE IV
De leur sang tour à tour elle a rougi la terre. Rome a changé de lois, de tyrans et de fers. Déjà nos triumvirs éprouvent des revers; Cassius et Bru tus menacent l'Italie.
J'irais chercher Pompée aux sables de Libye. Après mes deux affronts, indignement soufferts, Je me consolerais en troublant l'univers. Rappelons et l'Espagne et la Gaule irritée A cette liberté que j'ai persécutée; Puissé-je, dans le sang de ces monstres heureux, Expier les forfaits que j'ai commis pour eux! Pardonne, Cicéron, de Rome heureux génie, Mes destins t'ont vengé, tes bourreaux m'ont punie ; Mais je mourrai contente en des malheurs si grands, Si je meurs comme toi le fléau des tyrans.
{A Àufide.) Avant que de partir, tâchez de vous instruire Si de quelque espérance un rayon peut nous luire. Profitez des moments où les soldats troublés Dans le camp des tyrans paraissent ébranlés. Annoncez-leur Pompée; à ce grand nom peut-être Ils se repentiront d'avoir un autre maître. Allez.
(Ici on voit dans l'enfoncement Julie couchée entre des rochers.)
FULVIE, AfeBINE.
FULVIE
Que vois-je au loin dans ces rochers déserts, Sur ces bords escarpés d'abîmes entr'ouverts, Que présente âmes yeux la terre encor tremblante !
albine.
Je vois, ou je me trompe, une femme expirante.
FULVIE
Est-ce quelque victime immolée en ces lieux ? Peut-être les tyrans l'exposent à nos yeux, Et par un tel spectacle, ils ont voulu m'apprendre De leur triumvirat ce que je dois attendre. Allez : j'entends d'ici ses sanglots et ses cris; Dans son cœur oppressé rappelez ses esprits; Conduisez-la vers moi.