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SCÈNE IV

FULVIE, sur le devant du théâtre; JULIE, au fond, vers un des côtés, soutenue par ALBLNE.

JULIE

Dieux vengeurs que j'adore!

Écoutez-moi, voyez pour qui je vous implore ! Secourez un héros ou faites-moi mourir.

FULVIE

De ses plaintifs accents je me sens attendrir.

julie. [jetée?

Où suis-je? et dans quels lieux les flots m'ont-ils Je promène en tremblant ma vue épouvantée.

Où marcher?... Quelle main m'offre ici son secours? Et qui vient ranimer mes misérables jours?

FULVIE

Ta gémissante voix ne m'est point inconnue. Avançons... Ciel! quevois-je?encroirai-jema vue? Destins qui vous jouez des malheureux mortels, Amenez-vous Julie en ces lieux criminels? [elle. Ne me trompé-jc point? N'en doutons plus, c'est

JULIE

Quoi ! d'Antoine , grands dieux ! c'est l'épouse Je suis perdue ! [cruelle?

FULVIE

Hélas! que craignez-vous de moi?

Est-ce aux infortunés d'inspirer quelque effroi? Voyez-moi sans trembler; je suis loin d'être à

[craindre :

Vous êtes malheureuse, et je suis plus à plaindre.

JULIE

Vous !

FULVIE

Quel événement et quels dieux irrités Ont amené Julie en ces lieux détestés?

JULIE

Je ne sais où je suis : un déluge effroyable Qui semblait engloutir une terre coupable, Des tremblements affreux, des foudres dévorants, Dans les flots débordés ont plongé mes suivants. Avec un seul guerrier de la mort échappée, J'ai marché quelque temps dans cette île escarpée.. Mes yeux ont vu de loin des tentes, des soldats; Ces rochers ont caché ma terreur et mes pas; Celui qui me guidait a cessé de paraître. A peine devant vous puis-je me reconnaître;

FULVIE

Ah! Julie!

JULIE

Eh quoi ! vous soupirez !

FULVIE

De vos maux et des miens mes sens sont déchirés.

JULIE

Vous souffrez comme moi ! quel malheur vous op- Hélas ! où sommes-nous? [prime?

FULVIE

Dans le séjour du crime, Dans cette île exécrable où trois monstres unis Ensanglantent le monde et restent impunis.

JULIE

Quoi ! c'est ici qu'Antoine et le barbare Octave Ont condamné Pompée et font la terre esclave?

FULVIEé'

C'est sous ces pavillons qu'ils règlent notre sort ; De Pompée ici même ils ont signé la mort.

JULIE

Soutenez-moi, grands dieux!

FULVIE

De cet affreux repaire Ces tigres sont sortis : leur troupe sanguinaire Marche en ce même instant au rivage Opposé.

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