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LE TRIUMVIRAT, ACTE II, SCENE V

L'endroit où je vous parle est le moins exposé: Mes tentes sont ici; gardez qu'on ne nous voie. Venez; calmez ce trouble où votre âme se noie.

JULfE.

Et la femme d'Antoine est ici mon appui!

FULVIE

Grâces à ses forfaits je ne suis plus à lui ; Je n'ai plus désormais de parti que le vôtre. Le destin par pitié nous rejoint l'une à l'autre. Qu'est devenu Pompée !

JULIE

Ah! que m'avez-vous dit?

Pourquoi vous informer d'un malheureux proscrit?

FULVIE

Est-il en sûreté ? parlez en assurance : J'atteste ici les dieux, et Rome, et ma vengeance, Ma haine pour Octave et mes transports jaloux, Que mes soins répondront de Pompée et de vous, Que je vais vous défendre au péril de ma vie.

JULIE

Hélas! c'est donc à vous qu'il faut que je me fie!

Si vous avez aussi connu l'adversité,

Vous n'aurez pas, sans doute, assez de cruauté

Pour achever ma mort et trahir ma misère.

Vous voyez où des dieux me conduit la colère.

Vous avez dans vos mains, par d'étranges hasards,

Le destin de Pompée et du sang des Césars.

J'ai réuni ces noms; l'intérêt de la terre

A formé notre hymen au milieu de la guerre.

Rome, Pompée et moi, tout est prêt à périr;

Aurez-vous la vertu d'oser les secourir?

FULVIE

J'oserai plus encor. S'il est sur ce rivage, Qu'il daigne seulement seconder mon courage. Oui, je crois que le ciel, si longtemps inhumain, Pour nous venger tous trois Ta conduit par la Oui, j'armerai son bras contre la tyrannie, [main ; Parlez : ne craignez plus.

JULIE

Errante, poursuivie, Je fuyais avec lui le fer des assassins Qui de Rome sanglante inondaient les chemins. ISous allions vers son camp : déjà sa renommée Vers Césène assemblait les débris d'une armée; A travers les dangers près de nous renaissants Il conduisait mes pas incertains et tremblants. La mort était partout; les sanglants satellites Des plaines de Césène occupaient les limites. La nuit nous égarait vers ce funeste bord Où régnent les tyrans, où préside la mort. Notre fatale erreur n'était point reconnue, Quand la foudre a frappé notre suite éperdue. La terre en mugissant s'entr'ouvre sous nos pas. Ce séjour en effet est celui du trépas.

FULVIE

Eh bien! est-il encore en cette île terrible? S'il ose se montrer, sa perte est infaillible, 11 est mort.

JULIE

Je le sais.

FULVIE

Où dois-je le chercher?

Dans quel secret asile a-t-il pu se cacher?

JULIE

Ah! madame...

FULVIE

Achevez; c'est trop de défiance; Je pardonne à l'amour un doute qui m'offense. Parlez, je ferai tout.

JULIE

Puis-je le croire ainsi?

FULVIE

Je \ous le jure encore.

JULIE

Eh bien!... il est ici.

FULVIE

C'en est assez; allons.

JULIE

Il cherchait un passage Pour sortir avec moi de cette île sauvage ; Et ne le voyant plus dans ces rochers déserts, Des ombres du trépas mes yeux se sont couverts. Je mourais, quand le ciel, une fois favorable, M'a présenté par vous une main secourable.

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