SEXTUS POMPÉE
Je ne la trouve plus : quoi ! mon destin fatal L'amène à mes tyrans, la livre à mon rival! Les voilà, je les vois, ces pavillons horribles Où nos trois meurtriers, retirés et paisibles, Ordonnent le carnage avec des yeux sereins, Comme on donne une fête et des jeux aux Romains. 0 Pompée! ô mon père ! infortuné grand homme ! Quel est donc-le destin des défenseurs de Rome ? O dieux ! qui des méchants suivez les étendards, D'où vient que l'univers est fait pour les Césars? j'ai vu périr Caton, leur juge et votre image : Les Scipions sont morts aux déserts de Carthage; Cicéron, tu n'es plus, et ta tète et tes mains Ont servi de trophée aux derniers des humains. Mon sort va me rejoindre à ces grandes victimes. Le fer des Achillas et celui des Septimes, D'un vil roi de l'Egypte instruments criminels, Ont fait couler le sang du plus grand des mortels. Ce n'est que par sa mort que son fils lui ressemble. Des brigands réunis, que la rapine assemble, Vu. prétendu César, un fils de Cépias, Qui commande le meurtre et qui fuit les combats, Dans leur tranquille rage ordonnent de ma vie ! Octave est maître enfin du monde et de Julie. De Julie ! Ah ! tyran, ce dernier coup du sort Atterre mon esprit luttant contre la mort. Détestable rival, usurpateur infâme, Tu ne m'assassinais que pour ravir ma femme.
Et c'est moi qui la livre à tes indignes feux !
Tu règnes, et je meurs, et je te laisse heureux !
Et tes flatteurs, tremblants sur un tas de victimes,
Déjà du nom d'Auguste ont décoré tes crimes !
Quel est cet assassin qui s'avance vers moi ?