LE TRIUMVIRAT, ACTE V, SCÈNE Y
Vous les méprisez tous; mais si César encore, Ce nom sacré pour vous, ce nom que Rome honore, Sur vos cœurs endurcis a quelque autorité, Osez-vous à son sang ravir la liberté?
Pensait-il qu'en ces lieux sa nièce fugitive Du fils qu'il adopta deviendrait la captive ?
OCTAVE
Pensait-il que Julie avec tant de fureur Du sang qui la forma pourrait trahir l'honneur? Je ne crois point votre âme encore assez hardie Pour oser partager les crimes de Fulvie : Mais, sans vous imputer ses forfaits insensés, L'amante de Pompée est criminelle assez.
JULIE
Oui, je l'aime, César, et vous l'avez dû croire. Je l'aime, je le dis, j'en fais toute ma gloire. J'ai préféré Pompée errant, abandonné, A César tout-puissant, à César couronné. Caton contre les dieux prit le parti du père : Je mourrai pour le fils ; cette mort m'est plus chère Que ne l'est à vos yeux tout le sang des proscrits. Sa main les rachetait; mon cœur en fut le prix. Ne lui disputez pas sa noble récompense ; César, contentez-vous de la toute-puissance. S'il honora dans Rome, et surtout aux- combats, Un nom dont il est digne et qu'il n'usurpe pas; Si vous êtes jaloux du nom qu'il fait revivre, Songez à l'égaler plutôt qu'à le poursuivre.
OCTAVE
Oui, César est jaloux comme il est irrité. Je crois valoir Pompée, et j'en suis peu flatté. Et vous... Mais nous allons approfondir le crime.