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LE TRIUMVIRAT, ACTE V, SCÈNE V

Même erreur m'a trompé... Licteurs, qu'on me présente Le feu qui doit punir ma main trop imprudente ; Elle est prête à tomber dans le brasier vengeur Ainsi qu'elle fut prête â te percer le cœur.

OCTAVE

Lui, le soldat d'Aufide! A ce nouvel outrage, A ces discours hardis, et surtout au courage Que ce Romain déploie à mes yeux confondus, A ces traits de grandeur sur son front répandus, Si je n'étais instruit que Pompée en sa fuite Au pied de l'Apennin brave encor ma poursuite, Je croirais... Mais déjà vous me tirez d'erreur. Vous pleurez, vous tremblez ; c'est Pompée.

JULTE.

Ah ! seigneur!

POMPÉE

Tu ne t'es pas trompé : le Romain qui te brave, Qui vengeait sa patrie et d'Antoine et d'Octave, Possède un nom trop beau, trop cher à l'univers, •Pour ne s'en pas vanter dans l'opprobre des fers, De Pompée en ces lieux je t'ai promis la tête : Frappez, maîtres du monde; elle est votre conquê-

julie. [te.

Malheureuse !

OCTAVE

0 destins !

JULIE

0 pur sang des héros !

POMPÉE

Je n'ai pu de mon père égaler les travaux :

Je cède à des tyrans ainsi que ce grand homme,

Et je meurs comme lui le défenseur de Rome.

JULIE

Octave, es-tu content? tu tiens entre tes mains Et Julie, et Pompée, et le sort des humains, [sent? Prétends-tu qu'à tes pieds mes lâches pleurs s'épui- Le faible les répand, les tyrans les méprisent. Je me reprocherais jusqu'au moindre soupir Qui serait inutile et le ferait rougir. Je ne te parle plus du vainqueur de Pharsale. Si ton père a du sien pleuré la mort fatale, Celui qui des Romains n'est plus que le bourreau N'est pas digne de suivre un exemple si beau. Tes édits l'ont proscrit, arrache-Jui la vie; Mais commence par moi, commence par Julie : Tandis que je vivrai tes jours sont en danger. Va, ne me laisse point un héros à venger. Toi qui m'osas aimer, apprends à me connaître, Tyran, tu vois* sa femme; elle est digne de l'être.

Par un crime de plus fléchit-on mon courroux? Il n'est que plus coupable en étant votre époux. Antoine, vous voyez ce que nos lois demandent.

ANTOINE

Son supplice : il le faut; nos légions l'attendent. Je ne balance point ; César a pardonné ; Mais César bienfaisant est mort assassiné. Les intérêts, les temps, les hommes, tout diffère.

Je combattis longtemps et j'honorai son père; 11 s'arma noblement pour le sénat romain : Je ne connais son fils que pour un assassin.

POMPÉE

Lâches! par d'autres mains vous frappez vos victi- J'ai fait une vertu de cequifait vos crimes; [mes. Je n'ai pu vous frapper au milieu des combats : Vous aviez vos bourreaux, je n'avais que mon bras. J'ai sauvé cent proscrits et je l'étais moi-même : Vous l'êtes par les lois. Votre grandeur suprême Fut votre premier crime et méritait la mort. Par le droit des brigands, arbitres de mon sort, Vous croyez m'abaisser! vous! dans votre insolen- Sachez qu'aucun mortel n'aura cette puissance, [ce, Le ciel même, le ciel, qui me laisse périr, Peut accabler Pompée et non pas l'avilir.

ANTOINE

Vous voyez sa fureur; elle nous justifie : Assurez notre empire, assurez notre vie.

JULIE

Barbares !

OCTAVE

Je connais son courage effréné; Et Julie en l'aimant l'a déjà condamné.

Sa mort, depuis longtemps, fut par nous préparée ; Elle est trop légitime, elle est trop différée. C'est vous qu'il attaquait, c'est vous seul qui devez Annoncer le destin que vous lui réservez.

OCTAVE

Vous approuvez ainsi l'arrêt que je vais rendre?

ANTOINE

Prononcez, j'y souscris.

FOMPÉE.

Je suis prêt à l'entendre, A le subir.

OCTAVE, après un long silence.

Je suis le maître de son sort.

Si je n'étais que juge, il irait à la mort. Je suis fils de César, j'ai son exemple à suivre ; C'est à moi d'en donner. . . Je pardonne ; il doit vivre. Antoine, imitez-moi : j'annonce aux nations Que je finis le meurtre et les proscriptions; Elles ont trop duré ; je veux que Rome apprenne...

ANTOINE

Que vous voulez sur moi laisser tomber la haine, Ramener les esprits pour m'en mieux éloigner; Séduire les Romains, pardonner pour régner.

OCTAVE

Non, je veux vous apprendre à vaincre la vengean- L'amour est plus terrible, a plus de violence ; [ce : A mon âge, peut-être, il devait m'emporter; Il me combat encore et je veux le dompter. Commençons l'un et l'autre un empire plus juste. Que l'on oublie Octave et qu'on chérisse Auguste. Soyez jaloux de moi, mais pour mieux effacer Jusqu'aux traces du sang qu'il nous fallut verser. Pardonnons à Fulvie, à ces malheureux restes

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