‹ Théâtre completChapitre 791 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

HERMODAN, INDATIRE, et deux scythes, couverts de peaux de tigres ou de lions.

HERMODAN.

liidatire, mon fils, quelle est donc celle audace? Qui sont ces étrangers? quelle insolente race A franchi les sommets des rochers d'Immaùs? Apportent-ils la guerre aux rives de l'Oxus? [les? Que viennent-ils chercher dans nos forets tranquil-

INDATIRE.

Mes braves compagnons, sortis de leurs asiles, Avec rapidité se sont rejoints à moi, Ainsi qu'on les voit tous s'attrouper sans effroi Contre les fiers assauts des tigres d'Hyrcanie. Notre troupe assemblée est faible, mais unie, Instruite à défier le péril et la mort. Elle marche aux Persans, elle avance; et d'abord Sur un coursier superbe à nos yeux se présente Un jeune homme entouré d'une pompe éclatante. L'or et les diamants brillent sur ses habits; Son turban disparait sous les feux des rubis: Il voudrait, nous dit-il, parler à notre maître. Nous le saluons tous, en lui faisant connaître Que ce titre de maître, aux Persans si sacré, Dans l'antique Scythie est un titre ignoré : « Nous sommes tous égaux sur ces rives si chères, Sans rois et sans sujets, tous libres et tous frères. Que veux-tu dans ces lieux? viens-tu pour nous trai- En hommes, en amis, ou pour nous insulter? » [ter Alors il me répond, d'une voix douce et fière, Que des États persans visitant la frontière, 11 veut voir à loisir ce peuple si vanté Pour ses antiques mœurs et pour sa liberté. Nous avons avec joie entendu ce langage :

Mais j'observais pourtant je ne sais quel nuage, L'empreinte des ennuis ou d'un dessein profond Et les sombres chagrins répandus sur son front. Nous offrons cependant à sa troupe brillante Des hôtes de nos bois la dépouille sanglante, Nos utiles toisons, tout ce qu'en nos climats La nature indulgente a semé sous nos pas; Mais surtout des carquois, des flèches, des armures, Ornements des guerriers et nos seules parures. Ils présentent alors à nos regards surpris [prix, Des chefs-d'œuvre d'orgueil sans mesure et sans Instruments de mollesse, où sous l'or et la soie Des inutiles arts tout l'effort se déploie. Nous avons rejeté ces présents corrupteurs, Trop étrangers pour nous, trop peu faits pour nos Superbes ennemis de la simple nature : [mœurs, L'appareil des grandeurs au pauvre est une injure ; Et recevant enfin des dons moins dangereux, Dans notre pauvreté nous sommes plus grands

[qu'eux.

Nous leur donnons le droit de poursuivre en nos

[plaines, Sur nos lacs, en nos bois, aux bords de nos fontaines, Les habitants des airs, de la terre et des eaux. Contents de notre accueil, ils nous traitentd'égaux; Enfin nous nous jurons une amitié sincère, [re; Ce jour, n'en doutez point, nous est un jour prospè- Ils pourront voir nos jeux et nos solennités, Les charmes d'Obéide et mes félicités.

HERMODAN.

Ainsi donc, mon cher fils, jusqu'en notre contrée La Perse est triomphante; Obéide adorée Par un charme invincible a subjugué tes sens ! Cet objet, tu le sais, naquit chez les Persans.

INDATIRE.

On le dit; mais qu'importe où le ciel la fit naître?

HERMODAN.

Son père jusqu'ici ne s'est point fait connaître; Depuis quatre ans entiers qu'il goûte dans ces lieux La liberté, la paix, que nous donnent les dieux, Malgré notre amitié, j'ignore quel orage Transplanta sa famille en ce désert sauvage.

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