SCÈNE I
OBÉIDE, SULMA.
SULMA.
Vous y résolvez-vous ?
ORÉIDE.
Oui, j'aurai le courage D'ensevelir mes jours en ce désert sauvage: On ne me verra point, lasse d'un long effort, D'un père inébranlable attendre ici la mort Pour aller dans les murs de l'ingrate Ecbalane Essayer d'adoucir la loi qui le condamne, Pour aller recueillir des débris dispersés Que tant d'avides mains ont en foule amassés. Quand sa fuite en ces lieux fut par lui méditée, Ma jeunesse peut-être en fut épouvantée; Mais j'eus honte bientôt de ce secret retour Qui rappelait mon cœur à mon premier séjour. J'ai sans doute à ce cœur fait trop de violence Pour démentir jamais tant de persévérance. ! Je me suis fait enfin, dans ces grossiers climats, Un esprit et des mœurs que je n'espérais pas. Ce n'est plus Obéide à la cour adorée, D'esclaves couronnés à toute heure entourée; Tous ces grands de la Perse, à ma porte rampants, Ne viennent plus flatter l'orgueil de mes beaux ans. D'un peuple industrieux les talents mercenaires De mon goût dédaigneux ne sont plus tributaires : J'ai pris un nouvel être; et, s'il m'en a coûté Pour subir le travail avec la pauvreté, La gloire de me vaincre et d'imiter mon père, En m'en donnant la force, est mon noble salaire.
SULMA.
Votre rare vertu passe votre malheur :
Dans votre abaissement je vois votre grandeur; Je vous admire en tout; mais le cœur est-il maître De renoncer aux lieux où le ciel nous fit naître? La nature a ses droits; ses bienfaisantes mains Ont mis ce sentiment dans les faibles humains.