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LES SCYTHES, ACTE II, SCÈNE II

On souffre en sa patrie, elle peut nous déplaire; Mais quand on l'a perdue, alors elle est bien chère.

OBÉIDE.

Le ciel m'en donne une autre et je la dois chérir, La supporter du moins, y languir, y mourir: Telle est ma destinée... Hélas 1 tu l'as suivie ! Tu quittas tout pour moi, tu consoles ma vie ; Mais je serais barbare en t'osant proposer De porter ce fardeau qui commence à peser. Dans les lâches parents qui m'ont abandonnée Tu trouveras peut-être une âme assez bien née, Compatissante assez pour acquitter vers toi Ce que le sort m'enlève et ce que je te doi; D'une pitié bien juste elle sera frappée En voyant de mes pleurs une lettre trempée. Pars, ma chère Sulma; revois, si tu le veux, La superbe Ecbatane et ses peuples heureux ; Laisse dans ces déserts ta fidèle Obéide.

SULMA.

Ah ! que la mort plutôt frappe cette perfide, Si jamais je conçois le criminel dessein De chercher loin de vous un bonheur incertain ! J'ai vécu pour vous seule, et votre destinée Jusques à mon tombeau tient la mienne enchaînée ; Mais je vous l'avouerai, ce n'est pas sans horreur Que je vois tant d'appas, de gloire, de grandeur, D'un soldat de Scythie être ici le partage.

OBÉIDE.

Après mon infortune, après l'indigne outrage Qu'a fait à ma famille, à mon âge, à mon nom, De l'immortel Cyrus un fatal rejeton ; De la cour à jamais lorsque tout me sépare, Quand je dois tant haïr ce funeste Athamare; Sans état, sans patrie, inconnue en ces lieux, Tous les humains, Sulma, sont égaux à mes yeux; Tout m'est indifférent.

SULMA.

Ah ! contrainte inutile !

Est-ce avec des sanglots qu'on montre un cœur obéide. [tranquille ?

Cesse de m'arracher, en croyant m'éblouir, Ce malheureux repos dont je cherche à jouir. Au parti que je prends je me suis condamnée. Va, si mon cœur m'appelle aux lieux où je suis née, Ce cœur doit s'en punir; il se doit imposer Un frein qui le retienne et qu'il n'ose briser.

SULMA.

l)'un père infortuné victime volontaire,

Quels reproches, hélas I auriez-vous à vous faire?

Je ne m'en ferai plus. Dieux! je vous le promets, Obéide à vos yeux ne rougira jamais.

SULMA.

Qui, vous?

OBÉIDE.

Tout est fini. Mon père veut un gendre, Il désigne Indatire et je sais trop l'en tendre : Le fils de son ami doit être préféré.

SULMA.

Votre choix est donc fait?

OBÉIDE.

Tu vois l'autel sacré Que préparent déjà mes compagnes heureuses, Ignorant de l'hymen les chaînes dangereuses, Tranquilles, sans regrets, sans cruel souvenir.

SULMA.

D'où vient qu'à cet aspect vous paraissez frémir?

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