‹ Théâtre completChapitre 800 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

OBÉIDE, SULMA, INDATIRE.

INDATIBE.

Cet autel me rappelle en ces forets si chères; Tu conduis tous mes pas; je devance nos pères : Je viens lire en tes yeux, entendre de ta voix, Que ton heureux époux est nommé par ton choix. L'hymen est parmi nous le nœud que la nature Forme entre deux amants de sa main libre et pure ; Chez les Persans, dit-on, l'intérêt odieux, Les folles vanités, l'orgueil ambitieux, De cent bizarres lois la contrainte importune Soumettent tristement l'amour à la fortune : Ici le cœur fait tout, ici l'on vit pour soi; D'un mercenaire hymen on ignore la loi; On fait sa destinée. Une fille guerrière De son guerrier chéri court la noble carrière, Se plaît à partager ses travaux et son sort, L'accompagne aux combats et sait venger sa mort. Préfères-tu nos mœurs aux mœurs de ton empire ? La sincère Obéide aime-t-elle Indatire ?

OBÉIDE.

Je connais tes vertus, j'estime ta valeur Et de ton cœur ouvert la naïve candeur: Je te l'ai déjà dit, je l'ai dit à mon père; Et son choix et le mien doivent te satisfaire.

INDATIBE.

Non, tu semblés parler un langage étranger, Et même en m'approuvant tu viens de m'affliger. Dans les murs d'Ecbatanc est-ce ainsi qu'on s'expli- Obéide, est-il vrai qu'un astre tyrannique [que? Dans cette ville immense a pu te mettre au jour? EsUil vrai que tes yeux brillèrent à la cour, Et que l'on t' éleva dans ce riche esclavage Dont à peine en ces lieux nous concevons l'image? Dis-moi, chère Obéide, aurais-je le malheur Que le ciel t'eût fait naître au sein de la grandeur?

OBÉIDE.

Ce n'est point ton malheur, c'est le mien*.. Ma mé- Ne me retrace plus cette trompeuse gloire; [moire Je l'oublie à jamais.

INDATIBE.

Plus ton cœur adoré En perd le souvenir, plus je m'en souviendrai. Vois-tu d'un œil content cel appareil rustique. Le monument heureux de notre culte antique, Où nos pères .bientôt recevront les serments

Page 1