‹ Théâtre completChapitre 805 sur 1720 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ATHAMARE, HIRCAN.

ATHAMARE.

Je demeure immobile. 0 ciell ô destinée! 0 passion fatale à me perdre obstinée 1 Il n'est plus temps, dit-il; il a pu sans pitié Voir son roi repentant, son maître humilié ! Ami, quand nous percions cette horde assemblée, J'ai vu près de l'autel une femme voilée Qu'on a soudain soustraite à mon œil égaré. Quel est donc cet autel de guirlandes paré ? Quelle était cette fête en ces lieux ordonnée? Pour qui brûlaient ici les flambeaux d'hyménée? Ciel! quel temps je prenais! A cet aspect d'horreur Mes remords douloureux se changent en fureur. Grands dieux! s'il était vrai!

HIRCAN

Dans les lieux où vous êtes Gardez-vous d'écouter ces fureurs indiscrètes : Respectez, croyez-moi, les modestes foyers D'agrestes habitants, mais de vaillants guerriers, Qui, sans ambition comme sans avarice, Observateurs zélés de l'exacte justice, Ont mis leur seule gloire en leur égalité, De qui vos grandeurs môme irritent la fierté. N'allez point alarmer leur noble indépendance: Ils savent la défendre; ils aiment la vengeance; Ils ne pardonnent point quand ils sont offensés.

ATHAMARE.

Tu t'abuses, ami; je les connais assez.

J'en ai vu dans nos camps, j'en ai vu dans nos villes,

De ces Scythes ailiers, à nos ordres dociles,

Qui briguaient, en vaillant leurs stériles climats, L'honneur d'être comptés au rang de nos soldats.

HIRCAN

Mais, souverains chez eux....

ATHAMARE.

Ah ! c'est trop contredire Le dépit qui me ronge et l'amour qui m'inspire : Ma passion m'emporte et ne raisonne pas. Si j'eusse été prudent, serais-je en leurs États? Au bout de l'univers Obéide m'entraîne; Son esclave échappé lui rapporte sa chaîne, [suit, Pour l'enchaîner moi-même au sort qui me pour- Pour l'arracher des lieux où sa douleur me fuit, Pour la sauver enfin de l'indigne esclavage Qu'un malheureux vieillard impose à son jeune âge ; Pour mourir à ses pieds d'amour et de fureur, Si ce cœur déchiré ne peut fléchir son cœur.

HIRCAN

Mais si vous écoutiez....

ATHAMARE.

Non.... je n'écoule qu'elle.

HIRCAN

Attendez.

ATHAMARE.

Que j'attende! et que de la cruelle Quelque rival indigne, à mes yeux possesseur, Insulte mon amour, outrage mon honneur ! Que du bien qu'il m'arrache il soit en paixle maître! Mais trop tôt, cher ami, je m'alarme peut-être; Son père à ce vil choix pourra-t-il la forcer? Entre un Scythe et son maître a-t-elle à balancer? Dans son cœur autrefois j'ai vu trop de noblesse Pour croire qu'à ce point son orgueil se rabaisse.

HIRCAN

Mais si dans ce choix même elle eût mis sa fierté?

ATHAMARE.

De ce doute offensant je suis trop irrité. Allons; si mes remords n'ont pu fléchir son père, S'il méprise mes pleurs.... qu'il craigne ma colère. Je sais qu'un prince est homme et qu'il peut s'égarer ; Mais lorsqu'au repentir facile à se livrer, Reconnaissant sa faute et s'oubliant soi-même, Il va jusqu'à blesser l'honneur du rang suprême, Quand il répare tout, il faut se souvenir Que, s'il demande grâce, il la doit obtenir.

ATHAMARE, HIRCAN.

ATHAMARE.

Quoi! c'était Obéide! Ah! j'ai tout pressenti; Mon cœur désespéré m'avait trop averti : C'était elle, grands dieux!

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