SCÈNE III
SOZAME, OBÉIDE, SULMA.
SOZAME.
Eh quoi! notre ennemi nous poursuivra toujours! Il vient flétrir ici les derniers de mes jours. Qu'il ne se flatte pas que le déclin de l'âge Rende un père insensible à ce nouvel outrage.
OBÉIDE.
Mon père... il vous respecte... il ne me verra plus : Pour jamais aie fuir mes vœux sont résolus.
SOZAME.
Indatire est b. toi.
OBÉIDE.
Je le sais.
SOZAME.
Ton suffrage, Dépendant de toi seule, a reçu son hommage.
J'ai cru vous plaire au moins... j'ai cru que sans Le fils de votre ami devait être accepté. [fierté
SOZAME.
Sais-tu ce qu'Athamare à ma honte propose
Par un de ces Persans dont son pouvoir dispose?
OBÉIDE.
Qu'a-t-il pu demander?
SOZAME.
De violer ma foi, De briser tes liens, de le suivre avec toi.
D'arracher ma vieillesse à ma retraite obscure, De mendier chez lui le prix de ton parjure, D'acheter par la honte une ombre de grandeur.
OBÉIDE.
Comment recevez-vous cette offre ?
SOZAME.
Avec horreur.
Ma fille, au repentir il n'est aucune voie. Triomphant dans nos jeux, plein d'amour et de joie, Indatire, en tes bras par son père conduit, De l'amour le plus pur attend le digne fruit : Rien n'en doit altérer l'innocente allégresse. Les Scythes sont humains et simples sans bassesse, Mais leurs naïves mœurs ont delà dureté; On ne les trompe point avec impunité : Et surtout, de leurs lois vengeurs impitoyables, Ils n'ont jamais, ma fille, épargné des coupables.
Seigneur, vous vous borniez à me persuader ; Pour la première fois pourquoi m' intimider? Vous savez si, du sort bravant les injustices, J'ai fait depuis quatre ans d'assez grands sacrifices ; S'il en fallait encor, je les ferais pour vous. Je ne craindrai jamais mon père ou mon époux. Je vois tout mon devoir... ainsi que ma misère. Allez... Vous n'avez point de reproche à me faire.
SOZAME.
Pardonne à ma tendresse uu reste de frayeur, Triste et commun effet de l'âge et du malheur. Mais qu'il pa^te aujourd'hui, que jamais sa présente profane un asile ouvert à l'innocence. [ce
OBÉIDE.
C'est ce que je prétends, seigneur ; et plût aux dieux Que son fatal aspect n'eût point blessé mes yeux!
SOZAME.
Rien ne troublera plus ton bonheur qui.s'apprete, Et je vais de ce pas en préparer la fête.