LES SCYTHES, ACTE IV, SCENE I
OBEIDE.
Hélas !
Tu n'y découvrirais que d'horribles combats ; Il craindrait trop ta vue et ta plainte importune. Il est des maux, Sulma, que nous fait la fortune ; Il en est de plus grands dont le poison cruel, Préparé par nos mains, porte un coup plus mortel. Mais lorsque dans l'exil, à mon âge, on rassemble, Après un sort si beau, tant de malheurs ensemble, Lorsque tous leurs assauts viennent se réunir, Un cœur, un faible cœur les peut-il soutenir?
SULMA.
Ecbatane... un grand prince...
OBÉIDE.
Ah ! fatal Athamare ! Quel démon t'a conduit dans ce séjour barbare? Que t'a fait Obéide? et pourquoi découvrir Ce trait longtemps caché qui me faisait mourir? Pourquoi, renouvelant ma honte et ton injure, De tes funestes mains déchirer ma blessure ?j
SULMA.
Madame, c'en est trop ; c'est trop vous immoler A ces vains préjugés qui viennent vous troubler, A d'inhumaines lois d'une horde étrangère, Dont un père exilé chargea votre misère. Hélas! contre les rois son trop juste courroux Ne sera donc jamais retombé que sur vous! Quand vous le consolez, faut-il qu'il vous opprime? Soyez sa protectrice et non pas sa victime. Athamare est vaillant, et de braves soldats Ont jusqu'en ces déserts accompagné ses pas. Athamare, après tout, n'est-il pas votre maître?
OBÉIDE.
Non.
SULMA.
C'est en ses États que le ciel vous fit naître. N'a-t-il donc pas le droit de briser un lien, L'opprobre de la Perse, et le vôtre, et le sien? M'en croirez-vous? partez, marchez sous sa condui- Si vous avez d'un père accompagné la fuite, [te. Il est temps à la fin qu'il vous suive à son tour; Qu'il renonce à l'orgueil de dédaigner sa cour; Que sa douleur farouche, à vous perdre obstinée, Cesse enfin de lutter contre sa destinée.
OBÉIDE.
Non, ce parti serait injuste et dangereux;
Il coûterait du sang; le succès est douteux;
Mon père expirerait de douleur et de rage....
Enfin, l'hymen est fait... je suis dans 1 esclavage.
L'habitude à souffrir pourra fortifier
Mon courage éperdu qui craignait de plier.
SULMA.
Vous pleurez cependant, et votre œil qui s'égare Parcourt avec horreur cette enceinte barbare, Ces chaumes, ces déserts, où des pompes des rois Je vous vis descendue aux plus humbles emplois; Où d'un vain repentir le trait insupportable Déchire de vos jours le tissu misérable.... Que vous restera-t-iJ? hélas!
OBEIDE.
Le désespoir.
SULMA.
Dans cet état affreux, que faire?
OBÉIDE.
Mon devoir.
L'honneur de le remplir, le secret témoignage Que la vertu se rend, qui soutient le courage, Qui seul en est le prix, et que j'ai dans mon cœur, Me tiendra lieu de tout et môme du bonheur.