UN SCYTHE
C'est ta gloire et la nôtre.
Il me faut révérer Les lois que vos aïeux ont voulu consacrer; Mais le danger les suit : les Persans sont à craindre. Vous allumez la guerre et ne pourrez l'éteindre.
LE SCYTHE
Ces Persans, que du moins nous croyons égaler, Par ce terrible exemple apprendront à trembler.
HERMODAN.
Ma fille, il n'est plus temps de garder le silence ; Le sang d'un époux crie et ton délai l'offense.
OBÉIDE.
Je dois donc vous parler... Peuple, écoutez ma voix : Je pourrais alléguer, sans offenser vos lois, Que je naquis en Perse et que ces lois sévères Sont faites pour vous seuls et me sont étrangères: Qu'Athamare est trop grand pour être un assassin ; Et que si mon époux est tombé sous sa main, Son rival opposa, sans aucun avantage, Le glaive seul au glaive et l'audace au courage; Que de deux combattants d'une égale valeur L'uu tue et l'autre expire avec le même honneur. Peuple, qui connaissez le prix de la vaillance, Vous aimez la justice ainsi que la vengeance : Commandez, mais jugez ; voyez si c'est à moi D'immoler un guerrier qui dut être mou roi.
LE SCYTHE
Si tu n'oses frapper, si ta main trop timide Hésite à nous donner le sang de l'homicide, Tu connais ton devoir, nos mœurs et notre loi; Tremble.
OBÉIDE.
Et si je demeure incapable d'effroi, Si votre loi m'indigne et si je vous refuse?
L'hymen t'a fait ma fille, et tu n'as point d'excuse ; 11 n'en mourra pas moins, lu vivras sans honneur.
LE SCYTHE
Du plus cruel supplice il subira l'horreur.
HERMODAN.
Mon fils attend de toi cette grande victime.
LE SCYTHE
Crains d'oser rejeter un droit si légitime.
OBÉIDE, après quelques pas et un long silence. Je l'accepte.
SOZAME.
Ah ! grands dieux !
LE SCYTHE
Devant les immortels En fais-tu le serment?
OBÉIDE.
Je le jure, cruels; Je le jure, Hermodan. Tu demandes vengeance,
Sois-en sur, lu l'auras... mais que de ma présence On ait soin de tenir le captif écarté Jusqu'au moment fatal par mon ordre arrêté, [père, Qu'on me laisse en ces lieux m'expliquer à mon Et vous verrez après ce qui vous reste à faire.
LE SCYTHE, après avoir regardé fous ses compagnons. Nous y consentons tous.
La veuve de mon fils Se déclare soumise aux lois de mon pays; Et ma douleur profonde est un peu soulagée, Si par ses nobles mains cette mort est vengée. Amis, retirons-nous.
OBÉIDE.
A ces autels sanglants Je vous rappellerai quand il en sera temps.