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ACTE DEUXIÈME

IRADAN, CÉSÈNE.

CÉSÈNE

Ce que vous m'apprenez de sa simple innocence, De sa grandeur modeste et de sa patience, Me saisit de respect, et redouble l'horreur Que sent un cœur bien né pour le persécuteur.

| Quelle injustice, ô ciel ! et quelles lois sinistres!

| Faut-il donc à nos dieux des bourreaux pour ministres?

Numa, qui leur donna des préceptes si saints, Les avait-il créés pour frapper les humains? Alors ils consolaient la nature affligée. [gée!... Que les temps sont divers! que la terre est chan- Ah! mon frère, achevez tout ce récit affreux, Qui fait pâlir mon front et dresser mes cheveux.

IRADAN.

Pour la seconde fois ils ont paru, mon frère, Au nom de l'empereur et des dieux qu'on révère ; Ils les ont fait parler avec tant de hauteur, Ils ont tant déployé Tordre exterminateur Du prétoire émané contre les réfractaires, Tant attesté le ciel et leurs lois sanguinaires, [lois, Que mes soldats, tremblants et vaincus par ces Ont baissé leurs regards au seul son de leur voix. Je l'avais bien prévu : ces prêtres du Tartare Avancent fièrement; et, d'une main barbare, Ils saisissent soudain la fille d'Arzémon, Cette enfant si sublime, Arzame (c'est son nom); Ils la traînaient déjà : quelques soldats en larmes Les priaient à genoux; nul ne prenait les armes. Je m'élance sur eux, je l'arrache à leurs mains: « Tremblez, hommes de sang; arrêtez, inhumains ;

Tremblez ! elle est Romaine ; en ces lieux elle est née, Je la prends pour épouse. 0 dieux de l'hyménée! Dieux de ces sacrés nœuds, dieux cléments que je Je triomphe avec vous des monstres des enfers] [sers, Armez et protégez la main que je lui donne! » Ma cohorte à ces mots se lève et m'environne; Leur courage renaît. Les tyrans confondus Me remettent leur proie et restent éperdus. « Vous savez, ai-je dit, que nos lois souveraines Des saints nœuds de l'hymen ont consacré les Que nul n'ose porter sa téméraire main [chaînes; Sur l'auguste moitié d'un citoyen romain : Je le suis ; respectez ce nom cher à la terre. » Ma voix les a frappés comme un coup de tonnerre : Mais, bientôt revenus de leur stupidité, Reprenant leur audace et leur atrocité, Leur bouche ose crier à la fraude, au parjure: Cet hymen, disent-ils, n'est qu'un jeu d'imposture, Une offense à César, une insulte aux autels; Je n'en ai point tissu les liens solennels; Ce n'est qu'un artifice indigne et punissable...

Je vais donc le former cet hymen respectable : Vous l'approuvez, mon frère, et je n'en doute pas; Il sauve l'innocence, il arrache au trépas Un objet cher aux dieux aussi bien qu'à moi-même, Qu'ils protègent par moi, qu'ils ordonnent que Et qui par sa vertu, plus que par sa beauté, [j aime, Est l'image, à mes yeux, de la divinité.

césène. [frère !

Qui? moi! si je l'approuve! ah, mon ami! mon Je sens que cet hymen est juste et nécessaire : Après l'avoir promis, si, rétractant vos vœux, Vous n'accomplissiez pas vos destins généreux, Je vous croirais parjure, et vous seriez complice Des fureurs des tyrans armés pour son supplice. Arzame, dites-vous, a dans le plus bas rang Obscurément puisé la source de son sang; Avons-nous des aïeux dont les fronts en rougissent? Ses grâces, sa vertu, son péril, l'ennoblissent. Dégagez vos serments, pressez ce nœud sacré. Le fils d'un Scipion s'en croirait honoré. Ce n'est point là sans doute un hymen ordinaire. Enfant de l'intérêt et d'un amour vulgaire; La magnanimité forme ces sacrés nœuds, Ils consolent la terre, ils sont bénis des cieux; Le fanatisme en tremble : arrachez à sa rage L'objet, le digne objet de votre juste hommage

IRADAN.

Eh bien! préparez tout pour ce nœud solennel, Les témoins, le festin, les présents et l'autel ; Je veux qu'il s'accomplisse aux yeux des tyrans

[mémo Dont la voix infernale insulte à ce que j'aime.

(A des suivants.) Qu'on la fasse venir... Mon frère, demeurez, Digne et premier témoin de mes serments sacrés. La voici.

CÉSÈNE

Son aspect déjà vous justifie.

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