‹ Théâtre completChapitre 863 sur 1720 · LES GUÈBRES, ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

LES GUÈBRES, ACTE V, SCÈNE I

.1 étais un meurtrier, je suis un parricide.

IRADAN, se relevant et V embrassant.

Non, tu n'es que mon fils.

[Il retombe.) CÉSÈNE.

Que j'étais aveuglé !

Sans ce vieillard, mon frère, il était immolé ; Les bourreaux l'attendaient... Quel bruit se fait entendre ?

Nos tyrans à nos yeux oseraient-ils se rendre?

MÉGATISE, rentrant.

Un ordre du prétoire au pontife est venu.

Est-ce un arrêt de mort ?

MÉGATISE.

Il ne m'est pas connu:

Mais les prêtres voulaient de nouvelles victimes.

1RADAN.

Les cruels !

CÉSÈNE

Nous tombons d'abimes en abimcs.

MÉGATISE.

Je sais qu'ils ont proscrit ce généreux vieillard, Lt le frère et la sœur.

CÉSÈNE

0 justice! ô César!

Vous pouvez le souffrir! le trône s'humilie Jusqu'à laisser régner ce ministère impie!

LE JEUNE ARZÉMON.

Les monstres ont conduit ce bras qui s'est trompé : J'en étais incapable; eux seuls vous ont frappé. J'expierai dans leur sang mon crime involontaire... Déchirons ces serpents dans leur sanglant repaire, Et vengeons les humains trop longtemps abusés Par ce pouvoir affreux dont ils sont écrasés. Que l'empereur après ordonne mon supplice; Il n'en jouira pas, et j'aurai fait justice; Il me retrouvera, mais mort, enseveli Sous leur temple fumant par mes mains démoli.

IRADAN.

Calme ton désespoir, contiens ta violence; Elle a coûté trop cher. Un reste d'espérance, Mon frère, mes enfants, doit encor nous flatter. Le destin paraît las de nous persécuter; Il m'a rendu mon fils, et tu revois ta fille; Il n'a pas réuni cette triste famille Pour la frapper ensemble, et pour mieux l'immoauzame. [1er.

Qui le sait?

IRADAN.

A César que ne puis-je parler!

Je ne puis rien, je sens que ma force s'affaisse ; Tant de soins, tant de maux, de crainte, de tendres- Accablent à la fois mon corps et mes esprits! [se,

(A son fils.) Soutiens-moi.

LE JEUNE ARZÉMON.

L'oscrai-je?

IRADAN.

Oui, mon fils1..... mon cher fils!

ARZAME, à Césène.

Eh quoi! de ces brigands l'exécrable cohorte De ce château, mon père, assiège encor la porte !

CÉSÈNE

Va, j'en jure les dieux ennemis des tyrans, Ces meurtriers sacrés u'y seront pas longtemps. S'il est des dieux cruels, il est des dieux propices Qui pourront nous tirer du fond des précipices; Ces dieux sont la constance et l'intrépidité, Le mépris des tyrans et de l'adversité.

(Au jeune Arzémon.) Viens; et pour expier le meurtre de ton père, Venge-toi, venge-nous, ou meurs avec son frère.

Page 1