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SCÈNE II

MASSINISSE, ALAMAR; les SOLDATS NUMIDES restent au fond de la scène,

massinisse. [vaillance

Des ordres! vous, Romains! ingrats, dont ma V (ait tous les succès et nourri l'insolence ! Des fers à Sophonisbe ! et ces mots inouïs A peine prononcés n'ont pas été punis!

Aide-moi, Sophonisbe, à venger ton injure; Règne, l'honneur l'ordonne, et l'amour t'en conjure; Règne pour être libre, et commande avec moi... Va, Massinisse enfin sera digne de toi. Des fers ! Ah ! que je vais réparer cet outrage ! Que j'étais insensé de combattre Carthage!

(.4 .sa suite.) Approchez, mes amis; parlez, braves guerriers; Verrez-vous dans vos mains flétrir tant de lauriers? Vous avez entendu ce discours téméraire.

ALAMAR.

Nous en avons rougi de honte et de colère. Le joug de ces ingrats ne peut plus se porter ; Sur leur superbe tète il faut le rejeter.

MASSINISSE

Rome hait tous les rois et les croit tyranniques : Ah ! les plus grands tyrans ce sont les républiques ; Rome est la plus cruelle.

ALAMAR.

Il est juste, il est temps D'abattre pour jamais l'orgueil de ses enfants.

L'alliance avec eux n'était que passagère; La haine est éternelle.

MASSINISSE

Aveugle en ma colère, Contre mon propre sang j'ai pu les soutenir! Si je les ai sauvés, songeons à les punir. Me seconderez-vous?

ALAMAR..

Nous sommes prêts, sans doute; Il n'est rien avec vous qu'un Numide redoute. Les Romains ont plus d'art, et non plus de valeur; Ils savent mieux tromper, et c'est là leur grandeur ; Mais nous savons au moins combattre comme eux-

[mêmes :

Commandez, annoncez vos volontés suprêmes ; Ce fameux Scipion n'est pas plus craint de nous Que ce faible Syphax abattu sous nos coups.

MASSINISSE

Écoutez; Annibal est déjà dans l'Afrique;

La nouvelle en est sûre, il marche vers Utique :

Pourrions-nous jusqu'àlui nous frayer des chemins?

ALAMAR.

Nous vous en tracerons dans le sang des Romains.

MASSINISSE

Enlevons Sophonisbe, arrachons cette proie Aux brigands insolents qu'un sénat nous envoie; Effaçons dans leur sang le crime trop honteux, Et le malheur, surtout, d'avoir vaincu pour eux. Annibal n'est pas loin ; croyez que ce grand homme Peut encore une fois se montrer devant Rome : Mais à nos fiers tyrans fermons-en le retour ; Que ces bords africains, que ce sanglant séjour, Deviennent, par vos mains, le tombeau de ces traîtres, Qui, sous le nom d'amis, sont nos barbares maîtres. La nuit approche; allez, je viendrai vous guider; Les vaincus enhardis pourront nous seconder. Vous savez en ces lieux combien Rome est haïe, Et tout homme est soldat contre la tyrannie. Préparez les esprits irrités et jaloux ; Sans leur rien découvrir enflammez leur courroux : Aux premiers coups portés, aux premières alarmes, Au nom de Sophonisbe, ils voleront aux armes; Nos maîtres prétendus, plongés dans le sommeil, Verront entre mes mains la mort à leur réveil.

ALAMAR.

Si l'on ne prévient pas cette grande entreprise, Le succès en est sûr, et tout nous favorise : Nous suivons Massinisse; et ces tyrans surpris Vont payer de leur sang leurs superbes mépris.

MASSINISSE

Revolez à mon camp, je vous joins clans une heure ; J'arrache Sophonisbe à sa triste demeure : Je marche à votre tète; et, s'il vous faut périr, Mes amis, j'ai su vaincre, et je saurai mourir.

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