‹ Théâtre completChapitre 893 sur 1720 · SOPHONISBE, MASSINISSE · texte numérisé non relu

SOPHONISBE, MASSINISSE

SOPHONISBE

Seigneur, en tous les temps par le ciel poursuivie, Je n'attends que de vous le destin de ma vie. Victorieux dans Cirthe, et mon libérateur, Contre ces fiers Romains deux fois mon protecteur, Vous avez, d'un seul mot, écarté les orages Qui m'entouraient encore après tant de naufrages : Et, dans ce grand reflux des horreurs de mon sort, Dans ce jour étonnant de clémence et de mort, Par vous seul confondue, et par vous rassurée, J'ai cru que d'un héros la promesse sacrée, Ce généreux appui, le seul qui m'est resté, Me servirait d'égide, et serait respecté : Je ne m'attendais pas qu'on flétrît votre ouvrage, Qu'on osât prononcer le nom de l'esclavage, Et que je dusse encore, après tant de tourments, Après tous vos bienfaits, réclamer vos serments.

MASSINISSE

Ne les réclamez point; ils étaient inutiles, Je n'en eus pas besoin : vous aurez des asiles Que l'orgueil des Romains ne pourra violer ; Et ce n'est pas à vous désormais à trembler. Il m'appartenait peu de parler d'hyménée Dans ce môme palais, dans la même journée, Où le sort a voulu que le sang d'un époux, Répandu par les miens, rejaillît jusqu'à vous. Mais la nécessité rompt toutes les barrières ; Tout se tait à sa voix; ses lois sont les premières. La cendre de Syphax ne peut vous accuser; Vous n'avez qu'un parti, celui de m'épouser; Du pied de nos autels au trône remontée, Sur les bords africains chérie et redoutée. Le diadème au front, marchez à mon côté : Votre sceptre et mon bras sont votre sûreté.

SOPHONISBE

Ah! que m'avez-vous dit? Sophonisbe éperdue Doit dévoiler enfin son âme à votre vue : J'étais votre ennemie, et l'ai toujours été, Seigneur; je vous ai fui, je vous ai rebuté ; Syphax obtint mon choix, sans consulter son âge; Je n'acceptai sa main que pour vous faire outrage. J'encourageai les miens à poursuivre vos jours : Mais connaissez mon cœur, il vous aima toujours.

MASSINISSE

Est-il possible ! ô dieux ! vous, dont l'âme inhumaine Fut chez les Africains célèbre par la haine, Vous m'aimiez, Sophonisbe ! et, dans ses déplaisirs, Massinisse accablé vous coûtait des soupirs !

SOPHONISBE

Oui, nièce d'Annibal, j'ai dû haïr, sans doute, L'ami de Scipion, quelque effort qu'il m'en coûte ; Je le voulus en vain : c'esLà vous de juger Si le seul des humains qui veut me protéger, Quand il revient à moi, quand son noble courage Peut sauver Sophonisbe, Annibal et Carthage,

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