SCÈNE II
TEUCER, DICTIME ; le pontife PHARES avance avec le sacrificateur â sa droite ; le ROI est à sa gauche, accompagné des ARCHONTES de la Crète.
phares au roi et aux archontes.
Prenez place, seigneurs, au temple de Gortine; Adorez et vengez la puissance divine.
{Ils montent sur une estrade et s'asseyent dans le même ordre. Phares continue.) Prêtres de Jupiter, organes de ses lois, Confidents de nos dieux, et vous, roi des Cretois, Vous, archontes vaillants, qui marchez à la guerre Sous les drapeaux sacrés du maître du tonnerre, Voici le jour de sang, ce jour si solennel, Où je dois présenter aux marches de l'autel L'holocauste attendu, que notre loi commande. De sept ans en sept ans nous devons en offrande Une jeune captive aux mânes des héros; Ainsi dans ses décrets nous l'ordonna Minos,
Quand lui-même il vengeait sur les enfants d'Égéc La majesté des dieux et la mort d'Androgée. Nos suffrages, Teucer, vous ont donné son rang. Vous ne le tenez point des droits de votre sang; Nous vous avons choisi quand par Idoménée L'île de Jupiter se vit abandonnée.
Soyez digne du trône où vous êtes monté ; Soutenez de nos lois l'inflexible équité. Jupiter veut le sang de la jeune captive Qu'en nos derniers combats on prit sur cette rive. On la croit de Cydon. Ces peuples odieux, Ennemis de nos lois et proscrits par nos dieux, Des repaires sanglants de leurs antres sauvages, Ont cent fois de la Crète infesté les rivages; Toujours en vain punis, ils ont toujours brisé Le joug de l'esclavage à leur tête imposé. Remplissez à la fin votre juste vengeance. Une épouse, une fille à peine en son enfance, Aux champs de Bérécynte, en vos premiers combats, Sous leurs toits embrasés mourantes dans vos bras, Demandent à grands cris qu'on apaise leurs mânes. Exterminez, grands dieux, tous ces peuples profa- Le vil sang d'une esclave, à nos autels versé, [nés ! Est d'un bien faible prix pour le ciel offensé. C'est du moins un tribut que l'on doit à mon temple ; Et la terre coupable a besoin d'un exemple.
TEUCER.
Vrais soutiens de l'État, guerriers victorieux, Favoris de la gloire, et vous, prêtres des dieux, Dans cette longue guerre, où la Crète est plongée, J'ai perdu ma famille, et ce fer l'a vengée ; Je pleure encor sa perte ; un coup aussi cruel Saignera pour jamais dans ce cœur paternel, [mes ; J'ai dans les champs d'honneur immolé mes victi- Le meurtre et le carnage alors sont légitimes; Nul ne m'enseignera ce que mon bras vengeur Devait à ma famille, à l'État, à mon cœur : Mais l'autel ruisselant du sang d'une étrangère Peut-il servir la Crète, et consoler un père?
Plût aux dieux que Minos, ce grand législateur, De notre république auguste fondateur, N'eût jamais commandé de pareils sacrifices! L'homicide en effet rend-il les dieux propices? Avons-nous plus d'États, de trésors et d'amis, Depuis qu'Idoménée eut égorgé son fils? [en proie Guerriers, c'est par vos mains qu'aux feux vengeurs J'ai vu tomber les murs de la superbe Troie. Nous répandons le sang des malheureux mortels, Mais c'est dans les combats, et non point aux autels. Songez que de Calchas et de la Grèce unie Le ciel n'accepta point le sangd'Iphigénie. [mains, Ah! si pour nous venger le glaive est dans nos Cruels aux champs de Mars, ailleurs soyons hu-
[mains; Ne peut-on voir la Crète heureuse et florissante Que par l'assassinat d'une fille innocente? Les enfants de Cydon seront-ils plus soumis? Sans en être plus craints nous serons plus haïs. Au souverain des dieux rendons un autrehommage