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LES LOIS DE MINOS, ACTE II, SCENE IV

TEUCER.

Plus je l'entends parler, plus je suis attendri... Est-il vrai qu'Azémon, ce père si chéri, [pleure, Qui, près de son tombeau, vous regrette et vous Pour venir vous reprendre a quitté sa demeure?

ASTÉRIE

On ledit. J'ignorais, au fond de ma prison, Ce qui s'est pu passer dans ma triste maison.

TEUCER.

Savez-vous que Datante, envoyé par un père,

Venait nous proposer un traité salutaire,

Et que des jours de paix pouvaient être accordés?

ASTÉRIE

Datante! lui, seigneur! que vous me confondez! Il serait dans les mains du sénat de la Crète ? Parmi mes assassins?

TEUCER.

Dans votre âme inquiète J'ai porté, je le vois, de trop sensibles coups ; Ne craignez rien pour lui. Serait-il votre époux? Vous serait-il promis? est-ce un parent, un frère? Parlez; son amitié m'en deviendra plus chère. Plus on vous opprima, plus je veux vous servir.

ASTÉRIE

De quelle ombre de joie, hélas! puis-je jouir? Qui vous porte à me tendre une main protectrice? Quels dieux en ma faveur ont parlé ?

TEUCER.

La justice.

astérie. [moi.

Les flambeaux de l'hymen n'ont point brillé pour Seigneur; Datamc m'aime, et Datamc a ma foi; Nos serments sont communs, et ce nœud vénérable Est plus sacré pour nous, et plus inviolable, Que tout cet appareil formé dans vos États Pour asservir des coeurs qui ne se donnent pas. Le mien n'est plus à moi. Le généreux Datamc Allait me rendre heureuse en m'obtenant pour

[femme, Quand vos lâches soldats, qui, dans les champs de

[Mars, N'oseraient sur Datame arrêter leurs regards, Ont ravi loin de lui des enfants sans défense, Et devant vos autels ont traîné l'innocence: Ce sont là les lauriers dont ils se sont couverts. Un prêtre veut mon sang, et j'étais dans ses fers.

TEUCER.

Ses fers! ils sont brisés, n'en soyez point en doute: C'est pour lui qu'ils sont faits ; et, si le ciel m'écoute, Il peut tomber un jour aux pieds de cet autel Où sa main veut sur vous porter le coup mortel. Je vous rendrai l'époux dont vous êtes privée, Et pour qui du trépas les dieux vous ont sauvée ; Il vous suivra bientôt : rentrez ; que cette tour, De la captivité jusqu'ici le séjour, Soit un rempart du moins contre la barbarie. On vient. Ce sera peu d'assurer votre vie ; J'abolirai nos lois, ou j'y perdrai le jour.

ASTERIE.

Ah! que vous méritez, seigneur, une autre cour, Des sujets plus humains, un culte moins barbare.

TEUCER.

Allez: avec regret de vous je me sépare ; Mais de tant d'attentats, de tant de cruauté, Je dois venger mes dieux, vous et l'humanité.

ASTÉRIE

Je vous crois ri do vous je ne puis moins attendre. SCÈNE IV

TEUCER, DICTIME, MÉRIONE.

MÉRIOXE.

Seigneur, sans passion pourriez-vous bien m'enteucer. [tendre?

Parlez.

MÉRIOXE.

Les factions ne me gouvernent pas, Et vous savez assez que, dans nos grands débats, Je ne me suis montré le fauteur ni l'esclave Des sanglants préjugés d'un peuple quivousbrave. Je voudrais, comme vous, exterminer l'erreur Qui séduit sa faiblesse et nourrit sa fureur. Vous pensez arrêter d'une main courageuse Un torrent débordé dans sa course orageuse; Il vous entraînera, je vous en averti.

Phares a pour sa cause un violent parti, Et d'autant plus puissant contre le diadème, Qu'il croit servir le ciel et vous venger vous-même. « Quoi! dit-il, dans nos champs la fille de Teucer, A son père arrachée, expira sous le fer; Et, du sang le plus vil indignement avare, Teucer dénaturé respecte une barbare!...

Lui seul est inhumain, seul à la cruauté Dans son cœur insensible il joint l'impiété; Il veut parler en roi, quand Jupiter ordonne, L'encensoir du pontife offense sa couronne : Il outrage à la fois la nature et le ciel, Et contre tout l'empire il se rend criminel.... » Il dit; et vous jugez si ces accents terribles Retentiront longtemps sur ces âmes flexibles, Dont il peut exciter ou calmer les transports, Et dont son bras puissant gouverne les ressorts.

teucer.

Je vois qu'il vous gouverne, et qu'il sut vous séduire. M'apportez-vous son ordre, et pensez- vous m'in-

mérione. [struire?

Je vous donne un conseil.

teucer.

Je n'en ai pas besoin.

MÉRIONE.

Il vous serait utile.

Épargnez-vous 'ce soin ; Je sais prendre, sans vous, conseil de ma justice.

MÉRIONE.

Elle peut sous vos pas creuser un précipice:

LES LOIS DE MJiXOS, ACTE III, SCÈNE I.

Tout noble, dans notre ile, a le droit respecté De s'opposer d'un mot à toute nouveauté.

TEUCER.

Quel droit!

mérione.

Notre pouvoir balance ainsi le vôtre.

Chacun de nos égaux est un frein l'un à l'autre.

TEUCER.

Oui, je le sais; tout noble est tyran tour à tour.

MÉRIONE.

De notre liberté condamnez-vous l'amour?

TEUCER.

Elle a toujours produit le public esclavage.

MÉRIONE.

Nul de nous ne peut rien, s'il lui manque un sufteucer. [frage.

La discorde éternelle est la loi des Cretois.

MÉRIONE.

Seigneur, vous l'approuviez, quand de vous on fit teucer. [choix.

Je la blâmais dès lors; enfin je la déteste: Soyez sur qu'à l'État elle sera funeste.

MÉRIONE.

Au moins, jusqu'à ce jour, elle en fut le soutien. Mais vous parlez en prince.

TEUCER.

En homme, en citoyen ; Et j'agis en guerrier quand mon honneur l'exige : A ce dernier parti gardez qu'on ne m'oblige.

MÉRIONE.

Vous pourriez hasarder, dans ces dissensions, De véritables droits pour des prétentions.... Consultez mieux l'esprit de notre république.

TEUCER.

Elle a trop consulté la licence anarchique.

MÉRIONE.

Seigneur, entre elle et vous marchant d'un pas égal, Autrefois votre ami, jamais votre rival, Je vous parle en son nom.

TEUCER.

Je réponds, Mérione, Au nom de la nature, et pour l'honneur du trône.

MÉRIONE.

Nos lois....

Laissez vos lois, elles me font horreur. Vous devriez rougir d'être leur protecteur.

MÉRIONE.

Proposez une loi plus humaine et plus sainte; Mais ne l'imposez pas : seigneur, point de contrain te; Vous révoltez les cœurs, il faut persuader. La prudence et le temps pourront tout accorder.

TEUCER.

Que le prudent me quitte et le brave me suive. 11 est temps que je règne et non pas que je vive.

MÉRIONE.

Régnez; mais redoutez les peuples et les grands.

TEUCER.

Us me redouteront. Sachez que je prétends

Être impunément juste, et vous apprendre à l'être. Si vous ne m'imitez, respectez votre maître.... Et nous, allons, Dictimc, assembler nos amis, S'il en reste à des rois insultés et trahis.

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