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SCÈNE III

ATRÉE, IDAS.

ATRÉE

C'est à toi seul, Idas, que ma douleur confie Les soupçons malheureux qui l'ont encore aigrie, Le poison qui nourrit ma haine et mon courroux, La foule des tourments que je leur cache à tous.

IDAS.

Qui peut vous alarmer?

ATRÉE

Érope, Hippodamie, Ma cour... la terre entière est donc mon ennemie!

IDAS.

Ce peuple sous vos lois ne s'est-il pas rangé? N'êtes-vous pas roi?

ATRÉE

Non, je ne suis pas vengé.

Tu me vois déchiré par d'étranges supplices; Mes mains avec effroi rouvrent mes cicatrices; J'en parle avec horreur; et je ne puis juger Dans quel sang odieux il faudra me plonger... Je veux croire, et je crois qu'Érope avec mou frère N'a point osé former un hymen adultère... Moi-même je la vis contre un rapt odieux Implorer ma vengeance et les foudres des dieux. Mais il est trop affreux qu'au jour de l'hyménée Ma femme un seul moment ait été soupçonnée. Apprends des sentiments plus douloureux cent fois.. Je ne sais si l'objet indigne de mon choix, Sur mes sens révoltés, que la fureur déchire, N'aurait point en secret conservé quelque empire. J'ignore si mon cœur, facile à l'excuser, Des feux qu'il étouffa peut encor s'embraser; Si dans ce cœur farouche, en proie aux barbaries, L'amour habite encore au milieu des furies.

IDAS.

Vous pouvez sans rougir la revoir et l'aimer. Contre vos sentiments pourquoi vous animer ? L'absolu souverain d'Érope et de l'empire Doit s'écouter lui seul, et peut ce qu'il désire. De votre mère encor j'ignore les projets; [jets. Mais elle est comme une autre au rang de vos su- Votre gloire est la sienne; et, de troubles lassée, A vous rendre une épouse elle est intéressée. Son âme est noble et jusle; et jusques à ce jour Nulle mère à son sang n'a marqué tant d'amour.

ATRÉE

Non : ma mère insultait à ma douleur jalouse; Et j'étais le jouet de mon indigne épouse.

IDAS.

A vos pieds dans ce temple elle doit se jeter; Hippodamie enfin doit vous la présenter. ■ Toutes deux hautement condamnent votre frère.

ATRÉE

Érope eût pu calmer les flots de ma colère : Je l'aimai, j'en rougis... J'attendis dans Argos De ce funeste hymen ma gloire et mon repos. De toutes les beautés Érope est l'assemblage ; Les vertus de son sexe étaient sur son visage; Et, quand je la voyais, je les crus dans son cœur. Tu m'as vu détester et chérir mon erreur, Et tu me vois encor flotter dans cet orage, Incertain de mes vœux, incertain dans ma rage, Nourrissant en secret un affreux souvenir, Et redoutant surtout d'avoir à la punir. S'il est vrai qu'en ce temple, à son devoir fidèle, Elle ait prétendu fuir l'audace criminelle Du rival insolent qui m'osait outrager, Je puis éteindre encor la soif de me venger ; Je puis garder la paix que ma bouche a jurée, Et remettre un bandeau sur ma vue égarée. Mais je veux que Thycste, avant la fin du jour, De son coupable aspect purge enfin ce séjour; Qu'il respecte, s'il peut, cette paix si douteuse... Si l'on m'avait trompé, je la rendrais affreuse.

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