‹ Théâtre completChapitre 963 sur 1720 · ÉROPE, THYESTE · texte numérisé non relu

ÉROPE, THYESTE

ÉROPE

Dans des asiles saints j'étais ensevelie, J'y cachais mes tourments, j'y terminais ma vie. C'est donc toi qui me rends à ce jour que je hais ! Thyeste, en tous les temps tu m'as ravi la paix.

Ce funeste dessein nous faisait trop d'outrage.

ÉROPE

Ma faute et ton amour nous en font davantage.

thyeste. [reux

Quoi ! verrai-je en tout temps vos remords doulou- Empoisonner des jours que vous rendiez heureux!

érope. [neste,

Nous heureux! nous, cruel! ah! dans mon sort fu- Le bonheur est-il fait pour Érope et Thyeste?

thyeste.

Vivez pour votre fils.

ÉROPE

Ravisseur de ma foi, Tu vois trop que je vis pour mon fils et pour toi. Thyeste, il t'a donné des droits inviolables. Et les nœuds les plus saints ont uni deux coupables. Je t'ai fui, je l'ai dû : je ne puis te quitter; Sans horreur avec toi je ne saurais rester; Je ne puis supporter la présence d'Alrce.

THYESTE

La fatale entrevue est encor différée.

ÉROPE

Sous des prétextes vains, la reine avec bonté Écarte encor de moi ce moment redouté.

Mais la paix dans vos cœurs est-elle résolue?

THYESTE

Cette paix est promise, elle n'est point conclue. Mais j'aurai dans Argos encor des défenseurs; Et Mycène déjà m'a promis des vengeurs.

Me préservent les cieux d'une nouvelle guerre ! Le sang pour nos amours a trop rougi la terre.

THYESTE

Ce n'est que par le sang qu'en cette extrémité Je puis soustraire Érope à son autorité. U faut tout dire enfin : c'est parmi le carnage Que dans une heure au moins je vous ouvre un érope. [passage.

Tu redoubles mes maux, ma honte, mou effroi,

Et l'éternelle horreur que je ressens pour moi. Thyeste, garde-toi d'oser rien entreprendre Avant qu'il ait daigné me parler et m'entendre.

thyeste.

Lui, vous parler !... Mais vous, dans ce mortel cn-

Qu'avez-vous résolu ? [nui,

érope.

De n'être point à lui...

Va, cruel, à t'aimer le ciel m'a condamnée.

thyeste.

Je vois donc luire enfin ma plus belle journée. Ce mot à tous mes vœux en tout temps refusé, Pour la première fois vous l'avez prononcé : Et l'on ose exiger que Thyeste vous cède ! Vaincu, je sais mourir; vainqueur, je vous possède. Je vais donner mon ordre; et mon sort en tout

[temps Est d'arracher Érope aux mains de nos tyrans.

ÉROPE, MÉf.ARE.

MÉGARE

Ah ! madame, le sang va-t-il couler encore ?

ÉROPE

J'attends mon sort ici, Mégare, et je l'ignore.

MÉGARE

Quel appareil terrible et quelle triste paix ! On borde de soldats le temple et le palais : J'ai vu le fier Atrée; il semble qu'il médite Quelque profond dessein qui le trouble et l'agite.

ÉROPE

Je dois m'attendre à tout sans me plaindre de lui. Mégare, contre moi tout conspire aujourd'hui ! Ce temple est un asile et je m'y réfugie. J'attendris sur mes maux le cœur d'Hippodamie; J'y trouve une pitié que les cœurs vertueux Ont pour les criminels quand ils sont malheureux, Que tant d'autres, hélas! n'auraient point éprouvée. Aux autels de nos dieux je me crois réservée; Thyeste m'y poursuit quand je veux m'y cacher; Un époux menaçant vient encor m'y chercher. Soit qu'un reste d'amour vers moi le détermine, Soit que de son rival méditant la ruine, Il exerce avec lui l'art de dissimuler, A son trône, à son lit il ose m'appeler. [m'opprime Dans quel état , grands dieux ! quand le sort qui Peut remettre en ses mains le gage de mon crime, Quand il peut tous les deux nous punir sans retour, Moi d'être une infidèle et mon fils d'être au jour!

MÉGARE

Puisqu'il veut vous parler, croyez que sa colère S'apaise enfin pour vous et n'en veut qu'à son frère. Vous êtes sa conquête... il a su l'obtenir.

C'en est fait, sous ses lois je ne puis revenir. Le gloire de tous trois doit encor m'ètre chère; Je ne lui rendrai point une épouse adultère,

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