‹ Théâtre contemporainChapitre 10 sur 24 · JANOT S · texte numérisé non relu

JANOT S

pâmait de plaisir. Ah ! si les plus médiocres vaudevillistes d'il y a cinquante ans s'étaient levés de leur tombe pour venir entendre ces plates et ennuyeuses sornettes, je voudrais bien savoir ce qu'en auraient pensé ces joyeux et spirituels compagnons, qui, de leur vivant, ne demandaient pas tant de mise en scène pour être intéressants et spirituels!! L'opérette, l'abrutissante opérette, qui, comme Midas, ne change pas en or, mais en sottise, tout ce qu'elle touche, a diverti, il faut bien le dire, tous ces gens, qui peut-être la chanteront facilement demain... Ils chanteront les airs et feront les acteurs de la pièce dans leurs sociétés particulières... Ce n'est pas musicalement trop relevé pour qu'ils ne puissent passablement en exécuter les roulades et les trilles, et, littérairement, c'est assez niais pour plaire à tous les sots qui représentent le suffrage universel en littérature ! Ah ! si MM. Meilhac et Halévy ont sacrifié au doublon, je ne crois pas absolument que le doublon trompe leur espérance. 11 tombera au contraire probablement dans le chapeau qu'ils lui tendent. Selon moi, ils mériteraient d'être punis par où ils ont péché; mais ils ne seront pas punis. Vous verrez cela ! Avec la société actuelle, on peut tout croire. Il n'y a plus de choses incroyables.

Et cette pièce de Janot, dont je ne donnerais pas, moi, un maravédis, pourra rapporter à leurs auteurs l'argent en vue duquel ils ont spéculé.

Cette pièce, toute d'exécution, qui se moque de l'esprit et qui n'en a pas, et qui ne vise qu'aux yeux et aux oreilles, a été mieux jouée qu'elle n'est faite. Les acteurs ont fait de leur mieux. Ils se sont démenés là-dedans et ils ont justifié la thèse que je soutiendrai toujours jusqu'à mort de plume : c'est que les acteurs, pour peu qu'ils ne soient pas mauvais, sont toujours au-dessus des pièces qu'ils interprètent... Mlle Jeanne Granier, qui est la coqueluche des habitués du théâtre de la Renaissance, mais que je vois, moi, sans que la tête me tourne, n'a ni mal chanté, ni mal dit ; mais, chose irrémissible ! elle était, deux actes sur trois, exécrablement habillée dans une pièce dont tout le mérite est les costumes de la Restauration, très fidèlement mais caricaluresquement reproduits. Il y a un moment où elle vient sur la scène avec des habits trop courts qui ne sont d'aucune époque et qui révèlent par trop indécemment son sexe. Mlle Mily Meyer, qui joue Suzon, l'amoureuse de Janot, est une poupée en bois extrêmement réussie ; mais le boisa joué comme si ce n'était pas du bois. Joly,

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