‹ Théâtre contemporainChapitre 9 sur 24 · JANOT 2Ï · texte numérisé non relu

JANOT 2Ï

celte bâtarde du vaudeviye — une des gloires légères de la France, quand elle était légère, mais qui n'est plus comprise de la France pataude ! — et de l'opéra comique, qui ne doit pas être très content de la fillette qu'il a pondue, laquelle a ratatiné jusqu'à son nom. L'opérette, qui finira par tuer l'Opéra, comme le Calé chantant tuera le Théâtre, est au fond la grande œuvre de ce temps, essentiellement petit. C'est de la littérature dramatique à la basse hauteur de l'esprit démocratique, ignorant et blagueur, et qui aime à voir toutes choses descendre à son niveau très bas. L'opérette est le Charivari ou le Tintamarre du Théâtre. Elle a commencé par bouffonner avec les dieux d'Homère, dont elle a fait (pardon du mol !) des chie-en-lit de Carnaval. Elle a continué de bouffonner avec les rois, bons enfants idiots, qui l'ont laissé faire... Pendant la grande Exposition, on a vu, si l'on s'en souvient, des princes étrangers retenir leurs places par télégrammes et passer leur première soirée en France à battre des mains à la Schneider, qui leur battait les joues et se moquait d'eux, dans ses rôles. Figaro n'était pas plus heureux d'être souffleté par Suzanne. Seulement, Figaro avait une excuse. Il était amoureux. Mais eux?... Demain, par ce temps de République impie, l'opérette est capable de mettre à la scène Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ce sera délicieux ! Et le succès sera plus certain que celui d'hier soir !

Essayez de ce sujet-là, messieurs qui voulez réussir ! Faites danser le cancan aux Apôtres, et jamais on n'aura tant ri ! Un jour, Quinet, le gros Quinet, qui avait tout gros, dit un mot spirituel, qui l'étonna bien quand il fut dit, comme le maladroit qui, au billard, s'étonnerait d'avoir fait un carambolage : « Nous arrivons — disait Quinet — à Byzance, en « passant par la Béotie. » Ma foi '.c'est étonnamment bien pour Quinet. Mais il renversait les deux termes. Ce n'est pas à Byzance que nous arrivons, en passant par la Béotie. C'est en Béotie que nous allons plutôt, en passant par Byzance, et nous y sommes en plein, dans la Béotie, et je crois bien que nous n'en bougerons plus !

Nous sommes bêtes, à présent, pour l'éternité. Si vous aviez élé, comme moi, au Janot de la Renaissance, vous ne douteriez plus de cette vérité humiliante. J'y ai vu des mains se lever pour applaudir, qui avaient l'air d'être émues. Une de ces femmes pour qui le mot gentil est un enivrement d'éloge, disait, auprès de moi, enthousiaste et naïve, que c'était bien gentil tout ce qu'elle voyait, et elle se

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