‹ Théâtre contemporainChapitre 21 sur 24 · LE MONDE OÙ L'ON S'ENNUIE · texte numérisé non relu

LE MONDE OÙ L'ON S'ENNUIE

du Mariage de Figaro, — et de la copie des figures parisiennes prises sur le vif, — troisième copie qui a sauvé les deux autres et qui les a fait pardonner. Mais la grande copie de toutes les copies, c'est les Femmes savantes. Elles sont partout, — la copie de la scène du Mariage de Figaro sous les grands marronniers ne se produisant qu'au dernier acte, et avec une telle identité de situation que l'auteur est obligé d'en convenir par la bouche même de ses personnages pour qu'on ne la lui reproche pas, comme on parle en plaisantant de la chute de cheval qu'on a faite, pour qu'on ne se moque pas du cavalier 1 — C'est surtout les Femmes savantes qui sont ici, et je n'en ferais certainement pas un crime à M. Pailleron si elles y étaient d'une autre manière, si l'homme qui ne craint pas de lutter avec le génie et les types de Molière avait une puissance relative qui aurait été son ivresse et en même temps son excuse; mais est-ce le cas pour M. Pailleron?... Qui ne le sait pas? de toutes nos vanités peut-être la plus immortelle, c'est la vanité littéraire, et qui le peut a droit de mettre à la date de son temps la vanité littéraire du sien... Seulement, il faut la mettre à la scène et non pas l'y remettre, en la diminuant! en lui ôtant les trois dièzes à la clef qu'y avait mis un homme de génie! Or, c'est ainsi que l'y a remise M. Pailleron. Dans ce type de cuistre grandiose de Trissotin qui comprend les

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deux sexes, — qui est homme et femme en même temps, — M. Pailleron a-t-il ajouté, soit par l'observation, soit par l'expression, à ce qu'en avait tiré Molière?...

Au lieu de lui conserver sur le dos la souquenille de cuistre qu'il avait du temps de Molière, il l'a revêtu de l'habit noir égalitaire qui est la parure de tout le monde dans notre temps, et au lieu de le faire parler en vers, en ces vers forts, nerveux, pleins et compacts du xvir3 siècle, il le fait parler dans la langue molle, écourtée et vide, qui est la langue élégante du xixe. Qu'y avons-nous gagné ou perdu?... La gravure sur acier de Molière est devenue une gravure sur bois, à la dixième lettre de la première. Au lieu d'un comique de théâtre nous avons eu un comique de paravent, qui n'a paru fort qu'à un public éreinté, parce que ce pauvre public n'était pas capable d'en sentir et d'en apprécier un plus maie. Nous, les amateurs chinois ou japonais des bibelots, nous avons eu une petite comédie d'étagère, et ce n'est pas les magots qui tiraient la langue d'admiration sur l'étagère, c'était nous, devant !

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