‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 135 sur 192 · GARCERAN. NOD · texte numérisé non relu

GARCERAN. NOD

DON FERNANDO. La uuit demière un seigneur me fit un grave outrage; il avait favantage d'être accompagné de trois hommes ; mais ma bonne fortune voulut que je commençasse son châtiment en donnant d'abord la mort à deux d'entre eux, et si la justice n'était arrivée j'aurais de même traité les autres. H plut alors sur moi plus d'agents de police que le vent du sud ne décnarge de grêle par un jour brûlant d'été. Us me saisirent et ensevelirent mes pieds dans de doubles fers. Selon l'antique usage^ les prisonniers me demandèrent la bienvenue, mais moi avec le restant de ma colère passée, je

cansai la tète à quatre oa cinq, armé d'un morceau de bois, ce qui fit accourir les guichetiers au bruit et me mettant le^ meocttes ils arrêtèrent mes folies.

GARGERAN. ÉtraDgc évéoemeot* DON FERNANDO. Qtie Cela ne vous étonne point ; un homi d'honneur ioaulté est un taureau blessé qui, pour se yenge^ passe sa fureur sur les manteaux, quand il n'a pu atteindu ceux qui les portent Mais vous, seigneur Garcéran, Voti Grâce est-elle en péril? Est-elle mortelle la maladie qui vou a conduit dans ce sépulcre de vivants?

GARGERAN. Mes maux sont tels que le destin ne me gard la vie qu'afin de me faire mourir plusieurs fois.

DON FERNANDO. Nc VOUS afQîgez pas, car moi^ si Voti Grâce le veut bien, je me charge de vous mettre en liberl avant que Taube baigne les champs de sa douce rosée. GARGERAN. Plaisantcz-vous ?

DON FERNANDO. J'accompUrai ce que j'annonce; dites-oN ce que vous décidez et laissez le reste à ma charge.

GARGERAN. Vous rendrez la liberté à un captif, la vie à mort

DON FERNANDO. Taiscz-vous doDC, soycz prêt cette nuit é attendez-moi dans Tinfirmerie.

GARGERAN. Ma volooté ct ma vie seront à vous si, 'comine vous le dites, je les reçois de vos mains; croyez que j'en ferais autant pour vous ; je vous aimai dès que je vous vis, parce que je retrouvai dans vos traits Timage, le portrait vivant de cet infortuné Fernando Ramirez ; nous fûmes les deux plus intimes amis que Pon vit jamais.

DON FERNANDO, à part. Qtti aurait pu Icur révéler des secrets si cachés? Mais le silence est nécessaire où le péril est si grand ! (Haut.) N'est-ce pas celui qu'on trouva dans Madrid

percé de coups de poignard, le fils du noble Beltran Ramirez |ui mourut supplicié et qui était alcaîde de Madrid 7 ^

6ARGBRAN. Lui-mème.

DON FERNANDO. Que Dlou découvre la vérité; la renommée a toujours dit qu'on mit à mort Taicalde par enyie et non pour ses crimes.

GARGERAN. Je donnerais ma vie pour défendre cette vérité !

DON FERNANoa Vous ètes un noble cœur, et croyez que si le sort me favorise, vous ne trouverez pas en moi, si vous le voulez, un moindre ami que dans Fernando.

GARGERAN. Je VOUS OU donuc ma parole et voici ma main.

DON FERNANDO. Je VOUS estime comme je le dois.

Page 1