‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 155 sur 192 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

DON Fi^UNANDO, GAMAGHO, GOaNCJO et JAUAMILLO, tons iiias<iaé8, DO:^A ANA, FLORI^DA, GARCERAN, caché.

DO^k ANA. Qui vient là? Ah l malheureuse l DON FERNANDO. ReteDCz votre voix où cette épée Téteiodra dans votre poitrine.

DOfiA ANA. Qui ètes-vous? Que voulez-vous ?

DO.v FERNANDO. Êtes-vûus GlariaoR ?

DO^k ANA. Oui.

DON FERNANDO. DoDoez ia clef de vos bijoux.

DON A ANA. Donne, Florinda, celte clef sur-le-champ !

Florinda sort avec Camacho.

GARGERAN, à part et caché. Oh ! brigands iofàmes ! Que vais-je faire ? S'ils respectent sa beauté elle ne perdra pas sa répulalion pour perdre son or, mais elle la perdrait si l'on savait qu'à une pareille heure je suis auprès d'elle.

DON FERNANDO. Que vois-jc? Vlvc le cîel ! si ma sœur étail vivante, je croirais que c'est elle-même qui est là devant mes yeux. Mais cela ne peut pas être puisque sous mes regards elle a rendu à la mort ses pâles dépouilles.

Florinda revient avec Camacho qui porte un coffret.

GAMAcno. Voici les joyaux et Targenl.

DON FERNANDO. Toulcs deux maintenant, sans ouvrir }a bouche, cheminez ou bien vous verrez le cruel visage de la mort.

Garceran sort de sa cachette, Tépée nue à la main.

GARGERAN. Vous îusultez Une femme I Vous perdez le respect pour un ange I

Les trois bandits veulent fondre sur lui, Fernando les retient.

DON FERNANDO. Arrêtez amis : n'est-ce pas Garceran?

CARGERAN. Luî-mérae.

DON FERNANDO. La maÎQ d'ami que je voas ai doDoée ne larait vous offenser. — licmellez aa fourreau vos épées!

GARGERAif. Quel est celui qui use d'une telle noblesse en* ers moi?

DON FERNANDO. Votre amL (n se déflusqoe.) Me reconnaisez-vous 7

GARCERAN. Ouî, Pedfo ; un noble cœar ne saurait oublier ^lui qui lui a donné la liberté et la vie.

DON FERNANDO. Eh bieu, Garceran, dites-moi« Glariana estû\e par hasard la cause de vos malheurs? Est-ce là la beauté [|ui vous valut des maux si étranges?

GARGERAN. L'évéoemeot montre bien que Glariana est le feu dans lequel je me consumé.

DON FERNANDO. N'oubliez pas que le comte n'épai-gne ni ruse ni diligence dans les ordres qu'il a donnés pour la recherche de votre personne. J'ai rencontré dans la sierra divers espions dépêchés contre vous aux pays d'alentour ^t même plus loin. Si, comme le papillon recherche la lumière où il doit se brûler, l'amour de Glariana vous retient dans le même péril, exposé au même feu, fuyez la prison et la peine, et emportez la chaîne avec vous. Enlevons Glariana; j'ai à peu près cent hommes courageux et soumis à mes ordres ; ma renommée augmente chaque jour ma forte bande. Si vous vouiez profiler d'eux et de moi^ vous pouvez facilement dans la sierra défier le comte et le monde entier.

GARGERAN. Si, commc j'acccptc votre conseil» la belle Glariana voulait s'y conformer, quel sort serait plus heureux que le mien ? Son caprice, ami Pedro, est la loi de ma volonté, l'étoile qui me guide.

DON FERNANDO. Vous aime-t-clle?

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GARGERAN. Si elle me rendait mon affection, de quoi aurais- Je à me plaindre?

DON FERKANDO. Eh biefi, comme châtiment de son iDJnstn rignenr, que la force obtienne ce que la volonté refuse. Proposez-lui ce projet et qu'elle rachète sa vie et vos peineë.

GARGERAN. Mon beau tréaor, pardonnez si uo amant qui désespère d'adoucir votre indifférence conquiert vos charmai par la violence. Je dois vous enmiener avec moi.

vofik AifA. Que dites-vouSf Garoeran?

GARGERAN. Je dis quc je meurs ; et puisque je n'ai pli» Teapoir de vous convaincre ne vous étonnez pas et n'accuseï pas mon amour s'il prolonge sa vie par une action grossière.

noNA ANA. Vous me verrez brisée en mille pièces avant de me voir dans vos bras.

DON FERNANDO. Enûo Cela doit être , belle Glariana ; et puisqu'on ne vous laisse pas le choix vous avez tort d'hésiter.

DOl^A ANA. Vous dltcs que vous m'aimez, Garceran? vow dites que vous êtes gentilhomme? quel cœur de chêne est k vôlre? quel être grossier offense la femme dont il prétend se faire aimer ? quelle victoire, quelle palme veut obtenir nn amour injuste d'une volonté contrainte; une âme sans, la volonté, un corps sans l'âme? Et si vous connaissez l'honnear) comme le donne à croire votre illustre sang, pourquoi tentezr vous de m'enlever le mien par une action infâme? m'insulter est-ce donc m'aimer ?

DON FERNANDO. Ta résistancc est vaine. L'honneur d'une villageoise n'est-il pas rehaussé si elle prend pour amant uo tel gentilhomme?

DO^k ANA. Et si par hasard mes vêtements vous ont trompés, si par hasard je l'égalais en noblesse, j'espère que vous

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auriez pitié de moi et que vous prêteriez une oreille oompatîBsaDte à mes malheurs*

Wft FCRNANDo. Dieu me soit ea aidet je lutte contre mille soupçons. Parle, en f écoulant je suis prêt à te protéger si tu Taux plus par ce que tu caches que par ce que tu laisies voir.

DOlftA ANA. Rompons donc id les verrous do secret, si Je ne puis me délivrer d*un si grand péril qu'en me faisant connaître. Écoutez-moi : j'espère, si vous n'avez pas des entrailles d'acier, que vous serez pitoyables, si oe n'est pour mon sang, du moins pour mes Infortunes. Cette vile écorce, ces rudes habits sont les nuages qui recouvrent le soleil et la sertissure de l'or. Ce n'est pas la première fois que les fiers combats de la fortune obligent à des déguisements. Mon nom est dolla Âna Ramirez, mon père fut Beltran Ramirez Alcalde de Madrid. Sa malheureuse histoire, il ne convient pas que je vous la raconte, mais la renommée lui donne une existence Immortelle. Écoutez la mienne ; seule elle suffit pour émouvoir des pierres. Qtiand le sort caressait d'un vent suave et faisait prospérer mon illustre maison , le comte don Juan me courtisa; c'était un seigneur puissant, un brillant cavalier; mais, bien que Je l'aimasse^ mes actions ne démentirent en rien ma noblesse. C'est pourquoi il me signa unepromesse de mariage pour me rendre plus facile à ses vœux. La roue de la fortune vint alors à tourner; on sait comme elle répartit ses dons dans son aveuglement. Mon père innocent mourut sur un échafaod, lamentable victime de l'infâme envie. Mon frère Fernando, dont la fin misérable attendrirait des cœurs de diamant , apprenant que le comte était amoureux de moi et craignant qu'il ne me déshonorât, me fit prendre un poison pour me tuer afin que plus tard on ne pût me flétrir. Mais celui qu'il avait choisi pour ministre de ses cruautés prit

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pitié de moi, et employant poar me préserver, d'énergiques antidotes qui devaient diminuer la force du poison, il me fit présenter par mon frère la liqueur mortelle, remède impuissant contre les malheurs. Je la bus ; et, me plongeant dans une torpeur qui semblait la fin de ma vie elle put ainsi me sauver. Aussitôt mon frère quitta ma maison pour aller chercher le trépas que la Castille connaît. Moi, sous le poids de telles infortunes et voyant Taffront de mon sang illustre^ je continuai de laisser croire à ma mort et pour mieux me cacher je quittai Madrid ; je changeai de nom et d'habits. Mali tant de dures peines, de si cruels désastres ne suffirent pas pour m'empècher d'aimer le comte; Tadversilé, au contraire, me le fit chérir davantage et je cherchai dans son souveDir un remède à mes souffrances. Le chagrin et la crainte, moo honneur et ma famille perdue me ramenèrent vers mon amant devenu mon dernier asile. Je me découvris à lui quand il pleurait ma mort en poussant vers le ciel des cris lamentables. Avec de nouvelles promesses il parvint à me rassurer; il me trompait alors, si autrefois il m'avait dit la vérité ! Et ainsi mon amour et mes maux firent de lui le maître de mon âme. La cour vint à Ségovie; sous ces habits de paysanne je suivis mon amant adoré, et lui pour me voir plus librement voulut jue j'habitasse ce petit hameau. Déjà sept fois s'est renouvelé l'été, fondant les neiges de la sierra, depuis qu'il paie mon amour par des promesses ; c'est la punition de qui hasarde comme je l'ai fait son plus précieux bien. Telles sont mésaventures, telles sont ma condition et ma naissance. Si de semblables malheurs vous émeuvent, protégez-moi par humanité, ou, si vous êtes sans pitié, tuez-moi, car la mort est le port des malheureux !

DON FERNANDO. Tu scrais. doua Ana ?

, DoSfA ANA. Mes infortunes le disent assez I

GARCERAif. Les sïècles ii'onl pas vu un évéDemenl plus étrange.

DON FERNANDO. Avoif livré tOD hooiieur à ce comte astujeux!

DONA ANA. Mes malheuFs en sont la cause et non ma légè- •elé.

DON FERNANDO, à paru QueUes machinations as-tu formées, luelles intrigues as-tu ourdies, vile fortune, constante seulenent pour me persécuter I Je me sens prêt à tirer mon sang te son cœur^ mais il vaut mieux chercher le moyen de sauver ion honneur avant de châtier sa faute. (Haut.) Veuillez me pardonner, Garceran, mais il faut que vous protégiez don a ^na.

GARCERAN. •C*est mou désir; je fus obligé envers son père et son frère, et j'eus pour eux une amitié telle, que, quoique mon amour soit bien grand, je mourrai avant d'enfreindre la loi qu'elle m'impose.

DON FERNANDO. Gcs Sentiments sont dignes de votre nom. Toi, belle doïïa Ana^ écoute-moi en secret. (lis s'éloignent un peu.) Tes adversités m'ont ému comme si tu étais de mon sang ; je dois, quant à présent, te cacher qui je suis ; défendre ton honneur, je pense que cela suffit pour te prouver la sincérité de mes paroles et pour que tu songes à me payer ce bienfait par un autre service.

DolïA ANA. Si je vous dois l'honneur, il n'est pas d'obstacles que je ne surmonte pour vous.

DON FERNANDO, à part. Il uc couvicnt pas quc je lui dise mon projet, car elle aime le comte et un cœur aimant ne garde pas un secret; il faut user d'adresse. (A dona Ana.) Dofia Ana, je veux me placer sous la protection du comte pour qu'il m'obtienne du roi le pardon des fautes graves que m'a fait commettre ce métier que je méprise. Et pour cela je veux que

la voix de sa renommée nous amène tous trois poar augmenter le nombre de ses bandits.

GAMAGHO. Nous pouvons nous démasquer.

Ils se démasquent.

GHiGHON. N'est-ce pasGamacho?

GAMAGHO. Oui, c'est moi.

GHiGHON. Et Gornejo 7 JARAMILLO. Et Jaramillo.

GHIGHON. Et mon malti*e?

GAMAGHO. Il est resté là-bas avec sa chère Teodora. Mais les voici tous deux.

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