‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 184 sur 192 · LE CHATIMENT DE L'AMITIÉ · texte numérisé non relu

LE CHATIMENT DE L'AMITIÉ

LA AMISTAD CASTIGADA

Denis, tyran de Syracuse, amoureux de sa nièce Aurora, charge l'un de ses courtisans Philippe, de voir secrètemeol la jeune fille et de la disposer à être favorable à son amoar. Philippe s'acquitte de son ambassade. Aurora justement indignée lui fait honte de la mission qu'il n'a pas craint d'accepter.

— Est-ce ainsi, dit-elle, que le roi paie les services de Dioo mon père, à qui il doit sa couronne? Est-ce donc là sa reconnaissance? Veut-il ainsi perdre le surnom de tyran ? Et vous, avez-vous pu vous charger d'un si vil message ? Je ne sais lequel de vous deux m'a le plus offensée, le roi en concevant cet infâme dessein, ou vous en osant me l'expliquer!

Philippe voit avec bonheur la résistance d'Aurora aux désirs du roi. Il devient amoureux d'elle, et il jure de gagner ce "que le roi a perdu. En somme, s'il échoue, que lui en coûlcrat-il ? La vie I

Après avoir rendu compte au roi du peu^de succès de son ambassade, Philippe retourne auprès d'Aurora avec la mission

ANALYSES m

de tâcher encore de la persuader et d'obtenir d'elle un rendez-vous. Aurora a lu dans les yeux de l'ambassadeur de Denis la passion qu'elle lui a inspirée. Cette passion, elle incline elle-même à la partager, et elle voudrait forcer Philippe qui se tient sur la réserve, à se déclarer.

— Le roi m'envoie une seconde fois près de vous, belle Aurora, lui dit Philippe, pour que je vous dise tout ce qu'il souffre et pour vous demander la permission de vous visiter lui-même. Je regrette de vous olTenser par son ordre, mais je suis heureux de Toccasion qui m'est donnée de vous contempler encore. .

— Philippe, je ne sais que vous répondre.

— Je sais, moi, ce que vous allez me dire ; votre doute annonce que vous êtes moins l'ennemie du roi. C'est une réponse claire que de ne pas vous fâcher.

— On ne me fait pas d'injure en m'aiqaant; la raison ne défend pas d'être reconnaissante quoiqu'on n'accepte pas cet amour. J'ai répondu avec irritation à votre première démarche, ne vous étonnez pas que j'aie changé, puisque j'ai reconnu que l'amour n'est pas une offense et qu'il n'est pas juste de payer celui qui vous aime en l'abhorrant.

— Hélas I murmure Philippe, je suis perdu I

— Mais reprend la jeune fille, pourquoi me défendrais-je de faire ce que vous me demandez? J'aurais à me disculper 8i je refusais, mais non pas si j*accepte. Dites donc au roi...

— Ah I ciel l

— Que je suis sensible...

— Que dites-vous?

— Cela paraît vous déplaire ?

— Non seûora. A part. Je suis morll Haut. Le plaisir que je vais causer au roi en lui répétant vos paroles produit j'effet que vous voyez.

àiU ANALYSES

— Di(e8-Ial donc, non-senlement que je le remercie mais qne je lui accorde avec joie le rendez-vous qu'il demande pour cette nuit

«-Que dites-vous?

— < Gela parait vous déplaire.

^ Je ne puis dissimuler mon tourment, dit à part Philippe, partons sans lui parler davantage.

— C'est ainsi que vous me quittez? Revenez, Philippe, ce que je vous ai dit n'est point la vérité I

— Se peut-il ?

— Ne dites rien au roi de ce que vous venez d'entendre. Tout cela était une feinte.

— Une feinte?

— Qui vous rend donc si joyeux ?

— Ma joie vous contrarierait-elle?

— On ne regrette jamais le résultat qu'on a cherché.

— Quelle a donc été votre intention ?

— Vous voir déclarer un secret que vous prétendiez me cacher.

— Quel secret?

— Celui qu'à défaut de votre houche vos yeux ont confessé.

— Quel est-il ?

— Le chagrin que vous éprouviez de me voir céder aux désirs du roi.

— Ainsi, c'est la fiction qu'il faut croire et non la vérité? Vous avez eu tort de répondre d'abord au mensonge de ma bouche et non à la pensée de mon âme.

— Êtes- vous certain que je vous aie remarqué?

— Voulez-vous que je dise oui ?

— Pourriez-vous dire que non ?

— Je dirai ce qu'il vous plaira.

• — Même en vous aimant^ puis-je me déclarer la prettière?

La glace est enfin rompue et Philippe peint résolument sa tassion. Les deux amants jurent d'être Tun à Taulreet de riompher de Tamour et des persécutions du roi.

Mais le roi de Sicile ne se lient pas pour battu par les nouveaux refus d'Aurora. Il obtiendra par la force ce qu*on lui efuse. Philippe se décide alors à tout révéler à Dion, père TAurora.

— Perfide Denis, s'écrie celui-ci, est-ce donc ainsi que tu ne montres ta gratitude ? je t'ai donné la couronne et tu mélites ma ruine et mon déshonneur 1 le ciel ne le permettra pas. Je vous remercie, Philippe, du service que vous me rendez. Vous avez bien agi en me révélant le péril. Allez avec Dieu et fiez-vous à moi pour le reste.

Le roi, guidé par un valet sMntroduit pendant la nuit chez Dion. Au moment où il va pénétrer dans la chambre d'Aurora, c'est son père quMl voit venir à4ui accompagné de gens armés. On dépose le roi et oa élit Dion à sa place. Denis part pour l'exil. Puis s'adressant à Philippe Dion lui dit :

— Pourquoi ne suivez-vous pas le roi? qu'attendez-vous?

— La main d'Aurora que vous m'avez promise en récompense du service que je vous ai rendu.

— Là est votre délit, Philippe. En me donnant cet avis vous avez violé le secret que vous aviez juré à votre souverain. Vous êtes un vassal infidèle. Je ne suis pas obligé de vous tenir ma parole ; hier j'étais Dion, aujourd'hui je suis le roi. Partez donc pour l'exil.

C'est ce dénoûment de la pièce qui justifie le titre du Châtiment de Vamitié. On a pu remarquer dans cet ouvrage une scène très-fine et très-bien conduite où la belle Aurora force Philippe à lui dévoiler malgré lui son amour.

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