‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 28 sur 192 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

DON GARCIA, TRISTAN

TRiSTAir. Cette fois il vous a mis dans un bel embarras.

DON GARCIA. Tu as entendu Thistoire?

TRISTAN. Elle méritait d*étre entendue. Celui qui ment a besoin de i)eaucoup d'esprit et d'une grande mémoire.

DON GARCIA. Je me suis vu pris.

TRISTAN. Tout cela aura use fin, seigneur.

DON GARCIA. Quaud je connaîtrai le bon ou le mauTaki résultat de mon amour. Quelles nouvelles de Lucreciat

TRISTAN. J'imagine, quoiqu'elle se donne pour cruelle, qœ vous triompherez de Lucrecia sans la violence de Tarquin I

DON GARCIA. Elle a reçu mon billet 7

TRISTAN. Oui, quoiqu'elle ait recommandé à Camino dédire qu'elle l'avait déchiré ; il m'a fait cette confidence. Et fkuisqu'elle a accepté votre message , vos affaires ne vont pasnal, si je m'en rapporte à celte épigramme qu'écrivait Martial à Nevia : «J'ai écrit, Nevia n'a pas répondu ; pour le moment elle est cruelle , mais elle s'adoucira puisqu'elle a lu ce que je lui ai écrit »

DON GARCIA. Je crois que Martial a raison.

TRISTAN. Camino est pour vous, et il promet de von» révéler les secrets du cœur de sa maltresse; il tiendra sa parole

si vous tenez la vôtre ; pour provoquer des aveux il n^j a pas de corde coinine Targent ; et il ne serait pas mal de conquérir avec des présents cette ingrate, puisque Tamour tue avec des flèches d'or.

DON GARCIA. Je De Taî jamais vu si grossier dans tes jugements. Est-ce là une femme qui se puisse conquérir avec de l'argent ?

TRISTAN. Virgile dit que Didon s'énamoura du Troyen autant à cause de ses présents que par Taide de Cnpidon. Et c'était une reine!... Que mes grossiers jugements ne vous étonnent point : les écus triomphent des écusl les diamants combattent les diamants !

DON GARCIA. N'as-tu pas vu que Toffre que je lui fis dans laPlaleriara offensée!

TRISTAN. Votre offre a pu l'offenser, seigneur, mais vos cadeaux non. Réglez-vous sur l'usage : dans ce pays on ne cassa jamais les bras ni les jambes à personne pour l'offre d'un cadeau.

DON GARCIA. Fais qu'elle consente et je veux lui donner un monde.

TRISTAN. Camino vous acheminera; car c'est là le pôle de celte sphère. El pour que vous sachiez que votre amour est en bonne situation , elle lui a recommandé de \ous dire, comme venant de lui, que Lucrecia allait aujourd'hui à laHagdalena, à la fête de l'octave.

DON GARCIA. Doux allégement de ma peine!.... Tu me donnes là des nouvelles qui vont me rendre fou !

TRISTAN. Je vous Ics dounc peu à peu pour que le goût vous en reste plus longtemps.

Us sorle*it.

sens sMveîntr ma jalousie, (à Camino.) Oh! Gamiao combien je te sois reconnaissant i

TRISTAN, à Gftmino. Demain vous aurez un habit neuH

CAMiMO. Vous me porlez bonheur.

DON GARCIA. Je veux , Tristan, me cacher quelque part d'où je puisse lire, sans qu'elle me voie, le papier qu^eHe a sous les yeux.

TRISTAN, c'est facile si vous passez par la chapelle, vous arriverez derrière elle sans qu'elle vous aperçoive*

DON GARCIA. Blcu parlé l Viens!... '

Don Garcia , Tristan et Camiiio disparaissenit.

JACINTA. Lis tout bas, de peur de surprise*

LUCRECiA Tu ne m'entendras pas. Prends et lis toi-mèma

EUe donne la lettre àJacinta.

JACINTA. Cela me semble mieux.

Page 1