‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 41 sur 192 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DON GARCIA, REDONDO, Las MtUEi^

DON GARCIA, à part, à Rodondo. Causc avcc la Suivante.

REDONDo, à part, à son maître. Plaise à Dieu que votre bonheur s'appuie sur raveuglement de Mencia,

DON GARCIA, à Léonor. Si l'on pcut lire sur un visage le Lien ou le mal, voire beauté me servira d'excuse pour vous demander comment vous vous plaisez à Madrid ?

liONOR. Très-bien, je vous remercie. Maû,. seigneur»

REDONDO, à la suivante. Ëcoute Mencia, que te semble de Madrid?

LéoNOR, à don Garcia. Pardonnez -moi, et songez que ma tante n'est pas à la maison.

DON GARCIA. Cette circonstance doit vous faire deviner pourquoi je suis venu. Senora, ce n'a pas été par hasard ; mon amour vient chercher un secours auprès de vous contre le feu qui m'embrase.

LÉONOR, à part. Quel cunui I II veut que je parle pour lai à ma tante. (Haut.) Si doSa Clara se montre cruelle, elle a tort, par ma vie ; mais pour vous servir auprès d'elle je ne suis ni assez vieille ni assez savante.

DON GARCIA. Qul ne vous préfère à tout offense la beauté elle-même. Avez-vous pu croire, Léonor, à une telle démence de ma pari, que vous ayant vue, je pusse penser à une autre? Non, senora, je ne suis pas ni d'un sang si barbare, et le soleil ne se lève pas si loin du toit où je naquis. C'est votre seule faveur que je brigue. En vous vit mon âme, aussi doucement embrasée que justement vaincue; car la nature vous créa... LÉONOR. Contenez-vous; vous devenez trop hardi, et si je m'offense comme confidente de votre amour, je m'en scandalise en m'en voyant l'objet Est-ce par hasard, l'usage à Madrid, don Garcia, de courtiser à la fois la tante et la nièce?

DON GARCIA. Au moius cst-il d'usage ^ quand il se présenteune nièceaussidivinequevous l'êtes, d'oublier la tante pourlanièoe. LÉoi^OR. Mauvaise coutume.

DON GARCIA. Il ne faut pas la blâmer si elle existe. LÉONOR. Pourquoi changerait-on ainsi?

DON GARCIA. Pour trouvcr mieux.

LÉONOR. Mais la loi de la constance qui oblige-t-elle et que devient-elle si, rencontrer une femme plus belle est une excuse pour changer ? Être constant, n'est-ce pas trouver que l'objet

CHANGER POUR TROUVER MIEUX lOD

qoe Ton aime est le plus beau; pour aimer plus de beauté, la constance est-elle nécessaire? Celui-là est constant qui ne tient pas compte d'une autre conquête, fut*elle plus précieuse.

DON GARCIA. J'avouc, Lcouor, que c'est là de la constance mais c'est aussi de la simplicité.

LEONOR. Ainsi Ton ne doit pas se fier à une personne sensée, si le changement s'excuse quand c'est pour trouver mieux.

DON GARCIA. Cela est clair.

LEONOR. Alors, comme je vous tiens, don Garcia, pour trèssensé, et que vous abandonnez ma tante parce que vous trouvez mieux en moi, veuillez me pardonner; je n'admellrai point votre amour avant de savoir s'il n'est pas dans la famille une autre nièce plus belle que je ne le suis.

Leonor et Mencia sortent.

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