SCÈNE XIV
DON GARCIA, REDONDO, Les Mêmes.
RicARDO, bas au marquis. Seigneur j'ai peine à ne pas rire. REDONDO, à don Garcia. Klle anlva toute troublée, mais Qoi, posant le doigt sur ma bouche je Tapaisai et je pus lui lire comprendre ma pensée ; elle a un esprit d'ange et comprend sans paroles. Je tirai de ma poche le billet... DON GARCIA. Elle Ta lu?.
REDONDo. Allez un peu moins vite. DON GARCIA. Comment?
REDONDO. Ne demandez- VOUS pas d'abord si elle Ta reçu? DON GARCIA. Cela va sans dire.
REDONDO. Demcndez-le toujours; c'est nécessaire. Enfin je vous dis clairement qu'elle n'a pas voulu le recevoir. DON GARCIA. Elle u'apas voulu?
REDORDO. Seigneur, non.
DON GARGU. Qu'entcnds-jc ! Et sais-tu pourquoi? REDONDO. La cause je ne la connais pas ; je sais qu'elle ne Ta pas voulu recevoir. Et comme nous disputions s'il était juste ou non de vous donner ce déplaisir, elle se mit à appeler sa tante. Je sortis après vous et il y eut entre elles une grande conférence pour savoir quel pouvait être la cause de votre bouderie. La tante résolut de vous écrire ; je lui dis qu'elle angmenterait votre mécontentement et qu'il était bon que Texcuse fut présentée par Leonor, une personne étrangère ayant plus de chance de calmer un jaloux. Mon avis prévalut et Leonor après une courte résistance entra dans w chambre pour écrire et doua Clara pour lire ce qu'écrivait Leonor; ainsi elle n'eut pas l'occasion de prier pour
UQ GMANGEU POUR TAOUVEK MIEUX
son propre compte ; tout fut pour sa tante. Elles ne me donnèrent pas le billet ; croyant à notre invention elles décidèrent de renvoyer par un écuyer. Je sortis et à peine eus-je posé le pied dans la rue que j'aperçus sous un auvant voisin un laquais du marquis, espionnant et cherchant à se dissimuler de crainte d^élre surpris; qitand nous entrâmes je crois qu'il ooeiipait le même poste.
DON GARCIA. N^en dis pas davantage.
REDONDa Je ne dirai pas ce qui s^est passé avec lui ?
DON GARCIA. Que s'est-ll passé?
REDONDO. Qu'il m'a regardé et que moi j'ai fait de même. Je traversai fièrement la rue; j'apprête mon manteau et mon , épée et comme il ne m'adresse pas la parole je marche sur lui Ot je me venge en ne lui parlant pas.
DON GARCIA. C'CSt là tOU CXploit?
RSDONDO. Aurait«ll été sage de lui chercher querelle au milieu de la ruet
DON GARCIA. Ccltc prudenco je la dois à ta poltronnerie. Ilélas I me voilà perdu l Leonor, mon amour>'a fait que passer dans ton cœurt né d'hier II meurt aujourd'hui. Ce fut contre l'ouragan une fleur naissante. Que ton affection était légère puisqu'elle est emportée par le premier vent I Au moindre soupçon de la passion du marquis, tu as changé le feu eo neige et la neigeen feu.. Mais n'aperçois-je point le marquis? Ëloigne^oL
REDONDO. Oui seigneur.
DON GARCIA. Je veux lai parler.
RSDONDO. Serai- je h Mira Niroon celui quineee plaignait d9 rien, comme dans la ramance (I)?
(1) Celle romance du \\* siècle décrit riucemlie de Rome par Néron. Elle est imprimée dans le Romancero génét^aideM* A« Dunm.
DON GARCIA. Tu es uo sage.
REDONDO. Je réponds que je suis Redondo et je voudrais qu'on ne we fit pas tomber comme dans la romance.
LE MARQUIS, à Figueroa. AllcZ avCC DlCU î
Figueroa sort.
scènh: XV
LE MARQUIS, RICARDO, DON GARCÎA, REDONDO.
LE MARQUIS, à Ricardo. J'ai gagné l'écuycr par la vanité.
RICARDO. s'il faut parler vrai je crois que c'est par l'argent.
LE MARQUIS. Il a racheté mon âme de mille tromperies jalouses.
RICARDO. Enfin il dit qu'il y a deux ans que don Garcia aime doua Clara?
LE MARQUIS. OUÎ.
RICARDO. Et que voîre charmante maîtresse, la belle Leonor n*a ni amour, ni amant jusqu'à présent ?
LE MARQUIS. Oul, Ricardo.
RICARDO. Vous avez reconnu alors combien il était mauvais de se désespérer d'avance sans s'être d'abord informé de tout.
LE MARQUIS. Si bien que j'espère, Ricardo, que don Garcia que je croyais mon rival est pour l'avenir mon allié ; amoureux Ions deux de Clara et de Leonor nous formerons une ligue de nos soucis pour cette guerre d'amour.
RICARDO. Le voici.
LE MARQDis. Je vcux lui parler.
DON GARCIA. Seigneur marquis...
LE MARQUIS. Don Garcia.
DON GARCIA. Jc VOUS cherchais. Nous avons à traiter entre nous certaine affaire.
m CHANGER POUR TROUVER MIEUX
LE MARQUIS. Je m*en réjouis; je venais aussi pour vous chercher parce que j'ai aussi une affaire avec vous.
DON GARCIA. Redondo, laisse-nous seuls.
REDONDO. Je le ferai avec plaisir; je crains d'être abatla puisque Dieu a fait de nous un jeu de quilles.
Il sort.
LE HARQuis. Laissc-Dous seuls, Ricai do.
RicARDO. Oùvousretrouverai-je?
L£ MARQUIS. Au palais.
R!c«rdo sort.