‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 65 sur 192 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DON FÉLIX, retenant DON GARCIA.

DON GARCIA. Laissez-iiioi.

DON FÉLIX. Vous n'irez pas, vive Dieu l

DON GARCIA. Doîs-je reculer devaôl le marquis ?

DON FÉLIX. Je dois risquer ma vie comme la vôtre, don Garcia, mais si en somme vous pouvez ae pas perdre Leonor, r/esl-ce pas une folie d'aller la perdre à plaisir et vous avec elle?

DON GARCIA. Un homme tel que moi doil-il se laisser soupçonner de lâcheté?

DON FÉLIX. Il s'agit seulement de bien diriger les événements, don Garcia. Faisons en sorte que Leonor comble votre espoir; voilà la meilleure vengeance et le véritable courage. Si V0U3 lui arrachez ce trésor vous atteindrez diux buts, montrer que vous ne le craignez pas et posséder celle que vous aimez. Celui qui obtiendra Leonor, celui-là sera le vainqueur; voilà Taffaire ; le bon nageur est celui-là seul qui ne se dé' pouille pas de son vêtement.

DON GARCIA. Vous cherchez en vain des expédients ; nous devons forcément nous rencontrer puisque voulant la fin je dois vouloir les moyens. Sans lui faire visite, sans la voir, sans la courtiser, sans lui parler comment puis-je la conquérir? Comment arriver à triompher d'elle ?

DON FÉLIX. N'avez-vous pas de fidèles amis 7 N'y a-t-il pas des messagers discrets? N'y a-t-il pas des médiateurs secrets? N'y a-t-il pas les messages et les lettres ? N'y a-t-il pu» les déguisements ? Les espions ? La nuit ne pouvez- vous parler à votre maltresse sans querelles inutiles? Chercher l'inconvénient est une folie notoire; à la plus petite rivière il n'est pas de meilleur gué que le pont. Le marquis est puissant et vous non, quoique gentilhomme : je confesse la valeur de votre épée, et ce serait une offense déclarée que de vouloir vous empêcher si cela était indispensable, de vous battre corps à orps sur le pré. Je ne dis pas que le marquis songe à user de supercherie, il n'y a pas lieu de le soupçonner ; pourtant il pourrait vouloir user de son pouvoir; car enfin un grand seigneur, vain de son titre peut colorer sa couardise par le respect de son rang, et quoique je doive confesser que votre noblesse est telle que le marquis ne peut raisonnablement vous fouler aux pieds, pourtant la supériorité de sa position et de sa fortune sufiît pour qu'il puisse peut-être nous donner à entendre qu'il lui est licite d'agir ainsi. Donc vous fâcher est une folie, d'autant que tout n'est pas désespéré. Si vous ne pouvez autrement communiquer avec Leonor ce sera le cas de prendre une résolution et de risquer le tout.

non GARCIA. Pourvu que mon honneur ne périclite pas je suivrai votre conseiL

DON FÉLIX. Fiez votre honneur à ma foi^ don Garcia.

DON GARCIA. Imagiuez donc un moyen pour que je puisse voir Leonor.

DON FiLix. Ne vous a-t-elle pas écrit?

DON GARCIA. OUÎ.

DON FEUX. Que dit de son amour ce billet?

DON GARCIA. EUb m*enToie des excuses, (n loi remet «ne

lettre.) Lisez et soDgez qu'elle Ta écrit ea prôsenoe de doua Clara sa tante.

DON FÉLIX, liiant. o Je suis très-fâchée de me voir si peu en crédit auprès de Votre Grâce, et mes excuses ne sauront détruire des soupçons mal fondés. Si Ton vous a trompé Ton vous détrompera. Ma tante est et sera tout à vous; elle s'ea réfère aux actions qui justifieront la vérité de ses paroles. El si avec cela Votre Grâce conlinue à demeurer méconlenle, il dememera prouvé qu'elle ne se retire pas par jalousie mais qu'elle prend des airs jaloux pour pouvoir se retirer ; je me réjouirai de vous voir pour vous dire beaucoup d'autres vérités sans voile. »

DON GARCIA. Cela signifie que ces mots Leonor les dit pour elle quoiqu'elle parle de dona Clara, conformémeol à la convention faite entre nous.

DON F£Lix< Se déclarant ainsi, elle vous dicte votre réso« lu lion puisqu'elle assure qu'elle sera tout k vous*

DON GARCIA. G'cst bien cela.

DON FÉLIX. Elle sait spirituellement traduire sa pensée.

DON GARCIA. Ce f ut UDO habileté que de placer le signe convenu dans la lettre sans en altérer le sens raisonnable.

DON FÉLIX. Esprit et beauté attendriraient un rocher.

DON GARCIA. Alors quc ferai-je?

DON FÉLIX. Que reste-t-il à faire, si Leonor a déclaré soo amour, sinon l'épouser.

DON GARCIA. Eh ! D^est-ce fieu ?

DON FÉLIX. Une s'agit que de l'exécution puisqu'elle fi'esl déclarée.

DON GARCIA. Hélas I doû FéHx, c'est le plus dif&cile ; dans les choses de cette importance, de la résolution à l'exécution, la distance est grande ; et surtout avec une. jeune ûlie hoonéte, timide et modeste qui doit trouver d'immense» inconvé*

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oiefitsà provoquer riiiioiiUé de sa tante et la niédisance da inonde. Ce qui me donne plus c\ craindre encore c'est do vofr que dam Tocoasion elle n'a pu ge résoudre à recevoir udo lettre.

DON FÉLIX. Je ne puis vous le caober» maia il faut rcmar» qaer aussi que de la parole à l'action il n'y a qu'un pat^ Elle a déjà dit oui ; donnons-lui le temps, le lieu et l'oocaaiOQ d'agir, et nous éprouverons ainsi la réalité de son amour.

DON GARCIA. Vous dilos très>bien.

DON FÉLIX. Je vous donnerai le moyeu de vous trouver seul avec elle dans sa maison afin que vous puissiez fuir ensemble, si ell« a dessein de voua tenir sa promeseei sans que le marquis n'aperçoive de rien.

DON GARCIA» J'attends de vous la vie.

SON FiLiXb Votre bonheur est le mien^ (A pai-t.) J'arriverai ainsi au but de mon désir. (Uaut«) Attendez cb^a vous que je vous avise.

DON GARGiAé J'y vais.

DON FÉLIX* Vous aurez aujourd'hui lA preuve de moa adresse et de mon amitié.

Chez doâa Clara.

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