‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 66 sur 192 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LEONORi MENCtA.

HENciA. Songez à vous décider ou renoncoa à être beu« reuse, car jamais la couardise ne conduisit au bonheur»

LEONOR. Je ne s ils qu'elle est la souiïrance qui m'agite^ )'a\ du courage dans la pensée et je tremble dans Texécation* Je sens que je Taime avec passion « et quand |e

iS6 CHANGER POUR TROUVER MIEUX

Tapcrçois je n'ai pas même le courage de recevoir une lettre.

MEifciÀ* C'est cela qui m'étonne. Si vous avez dit à don Garcia : « Ma tante vous aitne, » et cela avec le signe convenu, ce qui signifie que vous l'aimez^ comment dans toal le reste éles-vous si timide puisque chez une femme se déclarer est tout?

LEONOR. Les paroles sont si légères, Mencia, que du cœar elles montent facilement à la bouche ; el même quand on ne 8'est pas encore prononcé, le voile du mensonge leur donnede raodace. « Ma tante vous aime, » ai-je dit, et je crois que s'il m'eût fallu lui dire « je vous aime » je ne l'aurais pas dit. Ta ne dois donc pas t'étonner, comme d'une chose nouvelle, que je n'ose pas me décider à agir quoique je me sois décidée à parler. Mille fols il m'a pressée de recevoir un billet, et chaque fois je retirais de lui ma main ouverte. Tantôt la vue môme du messager m'inspirait de la honte; tantôt j'avais peur que quelqu'un ne me surprît. N'est-ce rien que de penser à l'opinion du monde, au mépris de sa famille, à l'affront de dofia Clara? Là est la difficulté; là la crainte cx)upe le voile de l'espérance et il pleut des montagnes de glace sur les flammes de l'amour.

MENciA. Oubliez tout cela ; je pense que le ciel garde plus de' bonheur à votre beauté.

LEONoa. Pourquoi me parles-tu ainsi ?

MENCIA. La palience du marquis me fait espérer que vous passerez bienlôt de Grâce à Seigneurie.

LEONOR. Quelle folie!

MENCIA. La folie consiste, votre noblesse étant égale, à croire que sa grandesse est supérieure à vos attraits.

LEONOR. Dans le prince le plus épris les mouvements passionnés sont les étincelles d'un éclair, qui brillent beau-

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coup et durent peu. Quant au marquis, je ne crois pas, ni toi non plus, malgré ses affirmations, que son désir poursuive un l)utjiiste et honnête.

MENGiA. Figueroa affirme qu'il n'a pas d*autre inten«

tîOû.

LEONOR. Quel cas fais-tu de Figueroa 7

HENGiA. Il écrit des livres.

LEONOR. Le papier mène à mal.

MENciA. Et dans ces livres il dit du mal de tout le monde. LEONOR. Et tout le monde d'eux et de lui.

HENGIA. Il vit pourtant dans l'assurance, •• Mais voici votre tante.

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