‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 67 sur 192 · DON A CLARA, LES MÊMES · texte numérisé non relu

DON A CLARA, LES MÊMES

i>o!«A CLARA. Laisse-nous seule, Mencia. ^

MENCIA, à part, à Leonor. Entrez en consoil.

Elle sort.

DoSiA CLARA. Leonorjc pense que tu n'as pas oublié de quel sang tu sors ?

LEONOR. Je sais qu3 mes ancêtres tiennent leur blason des Tolède et de Figueroa.

DONA CLARA. Tu comprcuds alors les nombreux devoirs que t'a légués ton père.

LEONOR. Je les comprends.

Do^A CLARA. Tu sais, ma nièce, combien mon amitié désire^ pour toi, une renommée sans tache et une heureuse fortune.

LEONOR. Je le sais et je l'en remercie.

DONA CLARA. Tu compreuds alors que tu peux bien me confier tes secrets.

LEONOR. J'ai Tassuraoce que chez toi Tamitié passe avant la parenté.

DONA CLARA. Donc ne refuse pas à ton amie ce qu'elle veut te demander, surtout songe à ton honneur et songe que je ferai de môme.

LEONOR. Laisse toutes ces précautions et explique-toi. (â part.) Qu'est cela ? Se doute- t-elle de ce qui se passe?

DONA CLARA. Je ne m'étonne pas que l'amour qui se plaît à faire séjour dans les jeunes cœurs ait louché le tien , non certes car je suis femme aussi et j'aime. Mais dis-moi, quelle place donnes-tu au marquis dans ton aiïecliou?

LEONOR, à part, drâcc à Dieu, nous sommes arrivées au port!

DONA CLARA. Dis : quelles espérances lui as-tu données, quelles faveurs a-t-il reçues de toi? Et lui, quel est son but? quel dessein annoncent ses paroles et fout prévoir ses actions? Parle-moi clairemenli nièce; il y va de ton honneur,

LEONOR. J'ai si peu à vous dire que ce sera pour moi un bien faible elTorl. Il affirme qu'il veut m'épouser ; je ne le crois pas, et je ne lui ai donné ni faveur, ni espérance; tout se borne à cela.

DONA CLARA. Eh bien, nièce de mes yeux, ne sois pas inconsidérée, l'espérance oblige et la foi caplivo. On donne un royaume à un roi à condition qu'il lui gardera fees franchises; une fois armé du pouvoir qui pourra l'obliger à les respecter? L'amour entre dans un cœur en promettant le mariage et s'il ne lient pas sa promesse rien ne pourra l'en chasser. Pease que le marquis te trompe, et avec cela tu ne l'aimeras point; celui qui trompe offense et l'offense engendre la haine. Peasê que ton sang égale le sien, et cherche une honnête union; entre gens de bien, le rang et la fortune ne sont pas une supériorité» Si son amour est véritable, si son désircsl de l'épouser, la froideur et la prudence augmenteroi^t sa flamme | ei

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ril cherche à te tromper, qu'il éprouve tes dédaîne, (u donleras ainsi de l'éclal à ton nom et un chAtiment à sa mauvaise pensée.

LEOfîOR. Quoique je prise fort tes avis, je me sens presque lonteuse à Tidée que tu peux'croire quej*en aie besoin. Quels Ddices de légèreté as-tu dono vus en moi? De tels conseils ml une autre source que Tamilié»

DDNA CLARA. J'ai VU que le marquis multiplie ses empreslements et ses démarches et quMl interroge les domestiques sur tes paroles et tes actions, se faisant Tespion de ta vie, Pargusde tes pensées. Gomme ta garde m'est commise, tout cela doit exciter ma vigilance, surtout quand il s'agit d'un jeane oiseau dont les ailes savent voler à peine et peu habi« tué encore aux ouragans de la ville. Tu as peu connu de grands seigneurs dans ton pays; ici les étrangères courent risque de croire qu'un amant de qualité augmente leur considération^

tEONOR. Tes craintes sont prudentes, mais inutiles avec moL

DONA CLARA. Jc conuais ton intelligence; nàais les conseils, fussent-ils superflus, n'ont jamais fait de tort à personne.

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