SCÈNE DEUXIÈME
MADELEINE
Mon cher, il tient peut-être à vous dire- ce qu'il a sur le cœur.
Un silence.
MARCEL, à part, avec ennui.
Diable I... Et Françoise? (Un silence.) Bahl Un duel I Et puis je peux bien risquer i?ia vie pour vous qui avez tant de fois risqué la vôtre pour moi,
MADELEINE
Le fait est... hein? J'étais moins prudente que vous dans ce temps-là.
MARCEL
Vous ne me dites pas tout, Madeleine. Quelle idée a donc pris à voire mari d'inspecter vos tiroirs?
MADELEINE
Voilà?
MARCEL
Voyons, ce n'est pas moi qui ai pu exciter sa jalousie. Hélas! il y a longtemps que je ne mérite plus sa haine. Sont-ce bien mes lettres qu'il cherchait?
MADELEINE
Ça, ça ne vous regarde pas.
MARCEL
Je paye pour un autre ?
MADELEINE
J'en ai peur.
C'est complet.
MADELEINE
Pardonnez-moi.
MARQBL^ avec r9proche*
Goçiment^ vous le trompez !
MADELEINE
Décidément, vous feriez un ami parfait aujourd'hui.
MARCEL
Alors, vous avez un amant, là, pouï tout de bon?
MADELEINE
, Un second amant! ce serait honteux, n'est-ce pas?
MARCEL
Il n'y a que le premier pas qui coûter
MADELEINE
Vous riez, vous?.
' MARCEL
Vous savez, moi, le chagrin des autres!... Allons, pas d'amertume.
Ça vous donnerait des remords.
MARCEL
Ah ! Madeleine, pourquoi ne suis-je plus coupable, quand vous êtes toujours si jolie ?
MADELEINE
C'est votre faute. On garde ce qu'on a, tant pis pour vous.
MARCEL
J'ai cru que Vous en aviez assez, moi... Vous deveniez très inexacte.
MADELEINE
Ah î VOUS ne saurez jamais ce que j'ai souffert. J'ai pleuré comme une abandonnée.
8CÂNE DEUXIÈME 27
MARCEL
Pas longtemps?
MADELEINE
Trois mois. Quand je pense que je vous ai aimé, et que me voilà indifférente devant vous... Vous ressemblez à tout le monde maintenant, mon ami. Comme la vie est drôle et dégoûtante î On se rencontre, on commet toutes Jes folies et toutes les infamies pour s'appartenir, et puis le jour vient où l'on ne se connaît plus. Au tour d'un autre! Tenez, j'aurais bien mieux fait... (Mouvement de Marcel.) Mais oui, puisque je devais vous oublier.
BabI Ce n'est plus, mais ça a été. Le plaisir que nous avons eu ne valait-il pas le regret que vous avez ?
MADELEINE
Ce diable d'homme aussi I il ne peut pas voir une femme sans avoir de mauvaises pensées.
MARCEL
Ah! pardon, ce n'est pas moi qui ai commencé, c'est...
MADELEINE
N'importe. C'est fini, c'est fini, n'en parlons plus.
MARCEL
Ah I si, parlons-en, au contraire ; maudissez-moi, Madeleine, je le mérite.
MADELEINE
Voulez-vous vous taire, homme marié... Si votre femme vous entendait 1
28 Là CHANCE DE FRANÇOISE
MARCEL
Ma femme, écouter?... Chère petite!... Elle a bien trop peur de ce que je peux dire,
6hère petite... Est-il cynique avec ses attendrissements I Parions que vous courez déjà.
MARCEL
Non, ma chère, non.
MADELEINE
Blagueur!
MARCEL
Sérieusement, j'en suis plus étonné que vous ; mais c'est comme ça.
MADELEINE
Comment faites-vous alors?
MARCEL
Je souffre.
MADELEINE
, Vous êtes sage, vous?
MARCEL
Je suis léger et compromettant, voilà tout.
MADELEINE
C'est drôle, vous avez pourtant l'air disponible.
MARCEL
Madeleine, vous êtes la première qui me donniez une vraie tentation.
MADELEINE
Pas possible?
Et je suis prêt à succomber!