‹ Théâtre d'amourChapitre 135 sur 232 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

DOMINIQUE 1

Ohl je connais la théorie. Vos mauvaises actions épargnent des larmes à votre maîtresse, n'est-ce pas ? Mais, mon cher, un jour ou Taulre, elle les apprendra, et elle vous en voudra à mort de votre pitié indélicate.

BÉHOPÉ

Elle en aura tout de même profité. >^

lURIOTTE

Mon Dieu, ce ii*est pas un bien grand crime de mentir à...

DOMINIQUE

A une femme?

MARIOTTB

Pour une femme.

DOMINIQUE, s'animant.

Mais c'est indigne^ tout simplement.

MAURICE

Voilà le feu aux poudres.

MARiora Ne vous emballez pas, voyons.

BÉHOPÉ.

Laisse-la donc, la violence est son état normal.

MAURICE

Les tempêtes la reposent.

BRACONT, lisant, a Giraud, Keller... » Je ne vois pas mon nom.

DOMINIQUE, àMariottc.

Moquez-vous de moi tant que vous voudrez. Dites

318 LE VKS^t

que je suis démodée, c'est possible; mais vos habitudes de fausseté me révoltent.

BRiLGOIfY

Domii\ique, j'ai à vous parler.

DOMINIQUI

Tout à l'heure.

liaAjCQNT

Mais...

DOMINIQUE

Zut!... Et dire que tous les hommes, c'est la même chose. Tous s'arrogent le droit de mentir aux femmes.

MAURICE

Pardon.

DOMINIQUE

Les mensonges qu'pn noug faft p'ont pas d'importance. On peut en commettre à la douzaine, impunément. On n'est pas méprisé pour si peu.

BÉHOPé

Au contraire.

D(^IQmQP9

On ment à sa maîtresse comm^ autrefois on yolait au jeu. C'est admis. Et tous, naïfs ou corrompus, tous, je le répète, vous êtes d'accord sur ce point.

MAURICE

Je réclame.

DOMINIQUE

La conscience d'un brave boinipe n'est pas plus troublée que celle d'un coquin, dès qu'il s'agit de rouler une femme; et tel, qui se croirait déshonoré de mentir à un monsieur quelconque, mentira sans le moindre scrupule à sa meilleure amie.

ACTP PaE]MIER 3iO

MAPIOTTE

LoyelcMse se vantait de n'avoir jamais dit la vérité à une femme et de n*avoir jamais menti à un homme.

DOMINIQUB

Eh bien! vous êtes comme lui. Il avait deux délicatesses : Tune pour les mâles etTautre pour les feipelles.

Vous yo^s emporte? tellement que je n'ose plus placer un mot. Mais entre nous, je partie votre avis sur la mauvaise foi des hommes.

MABIOTTB

Avec ça que les femmes se gênent pour nous mentir !

DOMINIQUE

Le mensonge, chez elles^ ji'e»tpas, comme chez vous, 1 état de principe,

Vous avez des illusions sur votre sexe. . ,

BRÂGONT

Si vous craye^ que les autres femmes vous ressemblent, vous vous trompez ; vous êtes un être d'exception.

VARIOTTE

Dominique, c'est une âUe de Corneille.

MAURIGB

De Racine, plutôt.

BÉHOPi

Hais la plupart de vos pareilles sont des filles de Meilhac et Ëalévy.

MARIOTTE

Ohl les gentilles petites femmes, celles-là!... hypocrites, sensuelles, vénales : je les adore. Mais, ma pauvre Dominique, tout le monde est de mauvaise foi en amour.

DOMINIQUE

Parlez pour vous.

BRACONY

Amants ou maîtresses, on peut tous nous fourrer dans le même sac.

n faut bien mentir, puisqu'on trahit,

BÉHOPtf

On ment par pitié.

BBACONT

Par colère.

XAURICI

Par fatuité.

MARIOTTE

On ment pour obtenir, pour garder, pour quitter.

DOMINIQUE

Et puis on ment pour mentir.

BRAGoirr Par habitude.

MARIOm

Par veuleriOb

MAURICE

Par bassesse naturelle. L*histoire de Tamour est celle de la duplicité.

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