ACTE PREMIER
DOMINIQUE 1
Ohl je connais la théorie. Vos mauvaises actions épargnent des larmes à votre maîtresse, n'est-ce pas ? Mais, mon cher, un jour ou Taulre, elle les apprendra, et elle vous en voudra à mort de votre pitié indélicate.
BÉHOPÉ
Elle en aura tout de même profité. >^
lURIOTTE
Mon Dieu, ce ii*est pas un bien grand crime de mentir à...
DOMINIQUE
A une femme?
MARIOTTB
Pour une femme.
DOMINIQUE, s'animant.
Mais c'est indigne^ tout simplement.
MAURICE
Voilà le feu aux poudres.
MARiora Ne vous emballez pas, voyons.
BÉHOPÉ.
Laisse-la donc, la violence est son état normal.
MAURICE
Les tempêtes la reposent.
BRACONT, lisant, a Giraud, Keller... » Je ne vois pas mon nom.
DOMINIQUE, àMariottc.
Moquez-vous de moi tant que vous voudrez. Dites
318 LE VKS^t
que je suis démodée, c'est possible; mais vos habitudes de fausseté me révoltent.
BRiLGOIfY
Domii\ique, j'ai à vous parler.
DOMINIQUI
Tout à l'heure.
liaAjCQNT
Mais...
DOMINIQUE
Zut!... Et dire que tous les hommes, c'est la même chose. Tous s'arrogent le droit de mentir aux femmes.
MAURICE
Pardon.
DOMINIQUE
Les mensonges qu'pn noug faft p'ont pas d'importance. On peut en commettre à la douzaine, impunément. On n'est pas méprisé pour si peu.
BÉHOPé
Au contraire.
D(^IQmQP9
On ment à sa maîtresse comm^ autrefois on yolait au jeu. C'est admis. Et tous, naïfs ou corrompus, tous, je le répète, vous êtes d'accord sur ce point.
MAURICE
Je réclame.
DOMINIQUE
La conscience d'un brave boinipe n'est pas plus troublée que celle d'un coquin, dès qu'il s'agit de rouler une femme; et tel, qui se croirait déshonoré de mentir à un monsieur quelconque, mentira sans le moindre scrupule à sa meilleure amie.
ACTP PaE]MIER 3iO
MAPIOTTE
LoyelcMse se vantait de n'avoir jamais dit la vérité à une femme et de n*avoir jamais menti à un homme.
DOMINIQUB
Eh bien! vous êtes comme lui. Il avait deux délicatesses : Tune pour les mâles etTautre pour les feipelles.
Vous yo^s emporte? tellement que je n'ose plus placer un mot. Mais entre nous, je partie votre avis sur la mauvaise foi des hommes.
MABIOTTB
Avec ça que les femmes se gênent pour nous mentir !
DOMINIQUE
Le mensonge, chez elles^ ji'e»tpas, comme chez vous, 1 état de principe,
Vous avez des illusions sur votre sexe. . ,
BRÂGONT
Si vous craye^ que les autres femmes vous ressemblent, vous vous trompez ; vous êtes un être d'exception.
VARIOTTE
Dominique, c'est une âUe de Corneille.
MAURIGB
De Racine, plutôt.
BÉHOPi
Hais la plupart de vos pareilles sont des filles de Meilhac et Ëalévy.
MARIOTTE
Ohl les gentilles petites femmes, celles-là!... hypocrites, sensuelles, vénales : je les adore. Mais, ma pauvre Dominique, tout le monde est de mauvaise foi en amour.
DOMINIQUE
Parlez pour vous.
BRACONY
Amants ou maîtresses, on peut tous nous fourrer dans le même sac.
n faut bien mentir, puisqu'on trahit,
BÉHOPtf
On ment par pitié.
BBACONT
Par colère.
XAURICI
Par fatuité.
MARIOTTE
On ment pour obtenir, pour garder, pour quitter.
DOMINIQUE
Et puis on ment pour mentir.
BRAGoirr Par habitude.
MARIOm
Par veuleriOb
MAURICE
Par bassesse naturelle. L*histoire de Tamour est celle de la duplicité.