SCÈNE GINQUliMR
FRANÇOISE
Sérieusement, monsieur, vous qui le connaissez, comment voulez- vous qu'il soit amoureux de moi... très amoureux? Est-ce que c'est possible I II me laisse l'aimer, voilà tout, et je n'en demande pas davantage.
QUÉRIN.
Pas davantage?
FRANÇOISE
Si seulement cela continue... (Mouvement de Guérin.)
Je ne suis pas comme les autres femmes, moi. Je n'attends rien de mes droits, mais tout de sa tendresse. Il est libre, je ne le suis pas, j'en conviens. Qu'importe! pourvu qu'il me garde^
GUÉRIN
Vous avez peur, madame?
FRANÇOISE
Oui, j'ai peur. Ma joie n'est pas une joie insolente, allez. C'est une joie qui tremble... Si je vous disais...
GUÉRIN
Dites.
FRANÇOISE
Plus tard... Ah! je plains celui qui aime et qu'on lait souffirir..
QUÉRIN, frappé.
Vous?
FRANÇOISE
Je suis pour les jaloux, je suis pour les trahis...
GUÉRIN, à part, ému pour la première fois.
Pauvre enfant! (sincèrement.) Vous n'êtes pas sûre de lui, n'est-ce pas?
^2 LA tÈkJXCt 02 fftAKCOISE
FRANÇOISa^ s'atimant.
Marcel, c'est MarceL Admeltons qu'il m'aime aujourd'hui, je veux bien le croire.., Demainy m'aimera-t-il? Est-ce qu'il en sait lai-môme quelque chose? K'est-ilpas à la merci de sa fantaisie? du temps qu'il fait ou de la femme qu'il rencontre? Hélas I je n'ai que vingt ans, je ne suis pm toujours prudente. Le l)onheur, c'est très difficile,
QVÈniv,
Oui. (a lui^mèind.) Ouî... (A Fraaç^Hse^) MaiS TOUS êtes
trop sincère peut-être ?
Je le sens bien, et pourtant, quand j'essaye de lui cacher un peti de mon adoTation, il devient tout à coup indifférent, je ûe dirai pas méchant, mais comme délivré du souci d'être bon.
GUiiiiilîî.
Vous en êtes là!
FRANÇOISE
Marcel, voyez-vous, ne peut pas s'habituer à cette idée que c'est fini, qu'il est marié pour totijourg, comme un autre homme. J'ai beau lui répéter le contraire, m'effacer, me faire toute petite, ma seule présence suffit à lui rappeler que maintenant il a des devoirs... Ainsi, par exemple... (s'arrôtant.) Je suis folle de vous raconter ces choses...
(JUÊHIîT.
Je vous en prie.
FRANÇOISE, avec amertumef.
Le soir, il aime à sortir seul, sans moi. II me (Connaît assez pour savoir que son absetice nie reiidra