‹ Théâtre d'amourChapitre 22 sur 232 · SCÈNE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE CINQUIÈME

Qu'est-ce qiii peut vous le faire regretter?

GUÉRIN

Rien^ madame^ rien.

FRANÇOISE

Expliquez-vous, monsieur. Parlez, voue me faites ^eur.

GUÉRIN, cherchant à détourner ses soupçons.

Ne pleurez pas, mon enfant... je ne vous apporte mcun chagrin, je vous le jure... Votre mari vous lime mal, mais il vous aime... C'est de la jalousie, out cela... Et d'ailleurs, pourquoi vous tromperaitl? Ce serait trop injuste...

FRANÇOISE, s'ezaltant peu k peu.

Trop injuste! oui, vous avez raison, monsieur; sar, enfin, convenez-en, si sceptique, si blasé que soit un homme, n'est-ce pas quelque chose pour lui çue de pouvoir se dire : « J'ai rencontré une amie 5ûre en ce monde de déceptions^'ai là, dans un 5oin, une créature qui m'adore humblement, et dont la tendresse est toujours prête à me trouver des axcuses. Cette créature porte mon nom avec orgueil, avec étonnement ; quoi que je fasse, sa droiture ne faillira jamais. J'ai été sa première pensée et je serai $on unique amour. » Oh!... Voyons, monsieur, con- 7enez-en, quand un homme peut se dire tout cela, a'est-ce pas le bonheur?

GUÉRIN, éclatant en sanglots.

Oh ! oui, c'est le bonheur

FRANÇOISE

Vous: fileurezt

Un sileno*.

46 LA CHAflGB DE FRANQOISI

QUÉRIN.

Ma femme.i. m'a trompé.

FRANÇOISB.

Ahl... (Un Biience.) Marcel...

OtJÊRIN.

Votre aitiouf n'est pas en cause... Hier^ j'ai troiivé des lettres dans un tiroir^ de vieilles lettres, voilà tout. Vous n'étiez pas encore sa femme. C'est de l'histoire ancienne.

FRANÇOISE, à part.

Qui sait?

auÉRiN.

Pardonnez-moi, madame. C'est votre dOulelir qd H fait éclater la mienne. En me montrant le bonheur que vous pouvez donner, vous m'avez rappelé celui que j'ai perdu.

FRANÇOISE

Alors, VOUS êtes venu pour provoquer mon matif

auâRiN.

Madame...

FRANÇOISE

Vous allez vous battre ? Répondez.

QUÉRIN.

Ma vie est défaite, maintenant... il faut...

FRANÇOISE

Je ne vous demande pas d'oublier, monsieur.

GUÉRIN

Vous ne trouvez pas que j'aie le droit.;.?

FRANÇOISE

Taisez-vous.

8CÈNB SIXIÈMK 47

GUÉRIN

Eh bien, non, je ne vous le tuerai pas ; vous Tai^ niez trop, je ne peux pas. Car, en le frappant, je vous atteindrais, et ce serait une injustice. Vous ne méritez pas de souffrir, vous n'avez trahi personne, vous. La joie, vous vene^ de me l'apprendre, est aussi sacrée que le malheur. Je ne me vengerai pas.

FRANÇOISE, reconnaissante.

Ah 1 monsieur.

GUÉRIN

Qu'il vive, cet homme qui m'a tout pris, pmsqu*il vous est nécessaire; gardez-le... A lui d'anéantir votre bonheur, s'il Tose... Moi, je ne commettrai pas cette impiété. Adieu, madame, adieu.

Guérin sort par le fond. Françoise, tombe assise. Utt long silence. Marcel entre par la porte dérobée.

SCÈl^E VI FRANÇOISE, MARCEL.

MARCEL, à part, avec déplU

Elle a refusé de me recevoir !

FRAKÇOISE, froidement.

hh I c'est toi.

MARCEL, avec humeur.

Oui, c'est moi. (Un silence. Allairt à elle.) Tu US

pleuré; tu as vu Guérin...? Il est venu.

FRANÇOISE

Marcel...

MARCEL

OommentI II a osé té dire...

FRANQ0I8B.

Tu ne le reverras plus

MARCEL, stapéfail.

Nous ne nous battons pas ?

FRANÇOISE

Il renonce à te demander raison.

Merci.

FRANÇOISE. '

Sois tranquille, j'ai pris soin de ta dignité... Nous étions là... Je lui racontais ma vie depuis un an... Gomme nous nous aimions... Alors, il s'est mis à pleurer... Et, quand j'ai su la vérité, il est parti pour ne pas détruire mon bonheur.

MARCEL

Et je suis bien lâche d'avoir trompé ce brave homme, de l'avoir trompé dans le temps, et tu me condamnes?

FRANÇOISE

Marcel !

MARCEL

Ahl vous êtes de grandes âmes tous les deux... Ma parole d'honneur, je vous admire.

Il fait quelques pas pour sortir.

FRANÇOISE, incrédule.

Où vas-lu? Le provoquer?

MARCEL, revenant sur ses pas ; avec colère.

Est-ce que je peux, maintenant? Après ce que t!

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