SCÈNE DEUXIËMI
Quand ma main veut monter Vhia haut que ta pantoufle.
Pourquoi teréyoljter?
Ma chère, je m'essouffle.
(s'interrompant.)
Tu pâlis.
VÀNÏNA.
J'écoute sans émoi.
LAZZARO
Au moment de faillir.
Ferme les yeux, petite , Et je vais te cueillir Gomme une clématite.
Dis oui, méchante ^fant ; Je souffre, quand tu railleSM.
Le médecin défend Les longues fiançailles.
VANINA, avec douleur.
Ce sont des vers nouveaux qui ne sont pas pour moi f
LAZZARO^ dégrisé.
Sacrebleu!,..
VAKINA.
Continue
tAZZARO.
Inutile, je glisse
Sur le reste.
Merci
VANINA
Wlf pleur*.
LAZZARO
Je ne suis pas complice Du sacripant. — Hélaâ ! ta peine et ta beauté Ont fait d*un puits de vin sortir la Vérité.
Un silence.
Il n'est pas très coupable : allons^ une risette. Un cœur trop innocent bat sous ta chemisette.
VANINA
Laisse-moi.
LAZZARÔ.
Vois, ces pleurs qui rougissent tonner Ont mouillé sur ton sein ces œillets étonnés.
VANINA
L'infidèle I
LAZZARO
Mais non.
VANINA^ avec colère.
Qu'il parte avec une autre.
Soit ; je le tromperai ;
LAZZARO^ tenté.
Le tromper î
Bon apôtre.
LAZZARO
Dans ce cas, avec moi ? Je ne suis, je le sai. Qu'un peintre sans talent, un bourgeois déclassé.
VANINA
Un ivrogne.
LAZZARO
Un athée, enfin un saltimbanque.
Mais tu me fais songer à tout ce qui me manque.
sgénë deuxième 73
VANINA
D'un mot désespéré tu t'empares, brigand.
LAZZARO
On peut te désirer sans être extravagant.
VANINA
Assez; respecte-moi...
LAZZARO
Gomme une sainte image I Tu ne sors pasbeaucoup, ma chère, et c'est dommage ; En Voyant les mortels commettre leurs péchés. Tu serais moins rétive aux hommes débauchés. Les femmes ont parfois besoin de bigamie.
VANINA
Ziani ne sera pas...
Il le sera, ma mie.
Le pape Test à Rome et le vieux doge, ici. Si Dieu se mariait. Dieu le serait aussi. ,
Drapons-nous dans le crime avec désinvolture : Gomme on porte sa cape, on porte l'imposture.
VANINA
Les vins siciliens ont troublé ton cerveau. Renate est ton ami...
LAZZARO
Mon ami ! mais bravo, Mais le bonheur qu'on vole est un divin breuvage.
VANINA
C'est un breuvage amer.
LAZZARO
BastI avant mon veuvage,-*
74 l'infidèli
Je me souviens encor de ce temps désastreux, — Les amants de ma femme avaient l'air très heureux. Venge-toi.
VANINA
Non.
Je t'aime.
VANINA
Aime le Syracuse.
LAZZARO9 s'animant peu à peu.
Tu me feras souffrir, j'accepte.
VANINA
Je refuse.
LAZZARO
Je vais me noyer là, si je, te parle en vain.
V4NINA
Pour la première fois, mets de l'eau dai^s tpQ vin.
LAZZARO
Faire souffrir un homme, ah! c'est si bon, ma caille. C'est si bon d'avilir un cerveau qui travaille. De changer en ivrogne, en brute, en assassin L'artiste qui viendra dormir sur votre sein! ^ Nous vous chérissons tous, mais vous j§t^s de§ gueuses,
VANINA
A d'autres va porter tes tristesses fougueuses. Je hais la trahison et j'aime la pitié,
LAZZARO, tombant à genoux.
Lève encor le menton avec inimitié!
Ton corps a les contours des Minei'ves d'Athènes,
Et ta bouche promet des ivresses certaines.
YÀNINA.
E£fi*oiitél
LAZZARO
Quelle taille! un pape débaucheur Voudrait 1 emprisonner dans l'Anneau du Pêcheur
VANINA
Vas- tu continuer longtemps?
LAZZARO
Le grand eunuque Mourrait de convoitise en voyant cette nuque. Ohî qui me donnera des mots pour t'adorer?
VAIJINA,
Bavard I
EUe se détourna.
LAZZARO
Retourne-toi; pas mal. Sans murmurer.
Je contemple ébloui, du fond de mon désastre. Ton admirable dos qui se termine en astre
VANÏNA.
Je ne t'écoute plus.
LAZZARO
Encore un tantinet !
Sous les balcons, le soir, lorsque minuit sonnait, J*ai chanté bien souvent, mais les patriciennes N'ont jamais pour me voir entr 'ouvert leurs persiennes, Sois naeilldure.
vAnina.- Insensé !
LAZZARO
Fais-moi la charité
76 L'INFIDÈL»
Pendant le temps amer de ta viduité.
Oh! laisse-moi, Nina, dépraver ton cœur probe.
Et porter comme un nain la traîne de ta robe.
Les baisers seulement devraient mouiller tes yeux.
Je réclame une place en ton lit spacieux
Dont le dais supporté par quatre colonnettes
Regarde en s'indignant tes amours trop honnêtes.
VANINA
Es -tu foui
LAZZARO, se releyant.
Je le suis.
VANINA
Ivre encor !
LAZZARO
Toujours gris.
Tu m'aimeras bientôt, puisque déjà tu ris.
J'en doute.
LAZZARO
Cette nuit.
VANINA
La semaine prochaine.
Pour ce soir, je dor& seule en mon grand lit dé chêne.
LAZZARO
O la funèbre chose I ô l'affreux monument 1
Qu'un grand lit qui ne sert qu'à dormir seulement.
VANINA
Hélas!
LAZZARO
Veux -tu?
8GÉNE DEUXIÉUI 77
VANINA
Non. Quel toupet!
LAZZARO
VAKINA.
IiAZZARO.
Mais...
Pouah î
Peureuse I
VANINA
"Le vîn ne t'a pas fait une bouche amoureuse. Renate est plus tentant.
LAZZARO
Femme au rire moqueur.
Je n'ai pas son talent, mais il n'a pas mon cœur. Même au lit, ce n'est pas à la maîtresse aimée Que pensent nos rimeurs, c'est à la renommée. Vous n'êtes, ô beautés î sous leurs embrassements. Que mjatière à sonnets et que chair a romans. Vos paroles d'amour sont vite ramassées. Ce sont les chiffonniers de toutes vos pensées. Vous ôtez votre robe, ils ôtent leur pourpoint, Mais quand vous soupirez, ils' ne soupirent point. Conviens-en, toi qui sais comme le tien manœuvre. Il faut toute la nuit parler de leurs chefs-d'œuvre; Et le plus amoureux de ces faiseurs de vers. Pour mendier deux mots d'un Arétin pervers, A l'heure du berger vous fausse compagnie. Prenez-moi des gaillards qui n'ont pas de génie, Mais une âme brûlante et des jarrets d'acier. Les gringalets pareils à ton écrivassier. Quand vous voulez marcher,se plaignent d'une entorse; Tlous ceux que j'ai connus étaient des gens sans force.
VAÎ^IKA.
Qu'importe ! ils sont chatmàtits...
LAZiSARO.
Le jour!,..
VAMINA*
Spirituels.
Leurs mots sont différents des mots habituels. Lorsqu'ils viennent à ûôtis^ en flattant nos chimères. Nous cédons, et pourtant nous savohs par nos mères Qu'ils apportent la hanté et Qu'ils nous quitteront. Nos douleurs valent moins que les vers iîu'ils feront.
LAZZARO
Eh bien ! verse pour lui des larmes angéliqueg. Cela fera plus tard des vers mélancoliques.
VANINAé
Je ne trahirai pas, je préfère souffrir.
LAZZARO, viûlemmeni.
Non, ta gorge est trop blanche et tu dois nous roffrir,
▼ANlNA.
L'Offrir?
LAZZARO
A moi d'abord. Je me suis mis eh tête D'y frotter mon museau, comme un enfaht qui tété. Le bonheur, je le vois, ne t*a pas réussi; Mais le plaisir, Ninon, guérira ton sou6i
VANINA
Tu recommences. Dieu !
LAZZARO
Je reprends roffensive,
Va-t'en.