ACTE PREMIER
PASCAL
Ça ise voit. Qu'est-c^ qui se passe ?
ETIENNE
Rien, toujours la môme cliose.
PASCAL^ dessinant.
Tiens, tu as le nez plus long que d'habitude. Tu e!3 comme les enfanta toi (iuand tu es méchant^ tu es laid.
ÉTISNNE*
Tu fais ma charge?
PASGAIi.
Et ça ne te coûtera pas un sou et pourtant, c'est demain le terme.
ETIENNE
Si tu as besoin d'argent...
PASCAL
Je n'emprunte jamais, moi, je suis trop ingrat. Je ne pourrais pas pardonner à un ami qui m'aurait rendu service.
Adresse-toi à un ennemi alors.
PASCAL
C'est moins coûteux.
ETIENNE
Nous sommes seuls, voyons, ne pose pas pour le cynique, (un silence.) A propos, as-tu vu qu'une de tes aquarelles s'était vendue deu^ mille francs?
PASCAL
Pas possible?
ETIENNE
Hier, à la vente Montigny. J'ai lu ça dans un journal du matin.
PASCAL
Deux mille francs, une aquarelle de moi ? Mon Dieu 1 que les gens sont bêtes.
ÉTIENNB.
Pas si botes que ça.
PASCAL
Le jour n'est pas venu où les marchands m'offriront ce prix-là.
ETIENNE
Travaille, il viendra bientôt.
Ce jour-là, au moins, j'aurai le droit d'être paresseux.
ETIENNE
Tu feras la fête.
PASCAL
Je ferai une trentaine de dessins par an, pas davantage.
ÉTIBNMB.i
Et puis?
PASCAL
Une fois ma vie assurée, je m'occuperai de mes pi^isirs.
ETIENNE
Dire que si tu n'avais pas de talent, tu serais probablement un travailleur !
PASCAL
Alors, je me félicite d'en avoir un peu.
ETIENNE
Tu en as beaucoup, mon cher.
AGTB PREMIER 157
Tu te trompes^ je me connais. Sais-tu ce que me suggère ma conscience d'artiste? De me croiser les bras, tout simplement. Voilà le yrai moyen d'éviter les croûtes, car je suis médiocre comme le voisin, comme un tas de gens, médiocre comme toi. Seulement je suis plus modeste.
ETIENNE
Merci.
PASCAL
Du talent, tout le monde en a aujourd'hui, ça devient insupportable
ETIENNE
Tu n'as donc aucune ambition ?
PASCAL
Aucune, et je songe avec épouvante au musée de peinture de province où je serai probablement enseveli un jour ou l'autre, car voilà la gloire qui m'attend.
ETIENNE
Tiens, décidément, tu n'aimes pas ton art.
PASCAL
Je lui préfère l'amour et l'amitié.
ETIENNE
Les amis nous lâchent et les femmes nous trompent.
PASCAL
Attends un peu.
Pour ma part, je ne suis complètement heureux qu'à cette table de travail.
158 iMOUREUftB
PASCAL
Aujourd'hui, parce que tu es rassasié,
ETIENNE
Parce que je vaux davantage.
PASCAL
Tu te crois en progrès ?
ETIENNE
J'ai commencé par l'amour, je finis par la science.
PASCAL
Fâcheux pour ta femme.
ÉTIENNJB.
Nous nous somm^ »aut-être rencontrés trop tard.
PASCAL
Le bonheur de l'humanité d'abord, le sien ensuite, n'est-ce pas ?
ETIENNE
Si je suis utile, son devoir est de s'incliner.
PASGAL.
Ëgoïste^
ETIENNE
Sais- tu bien que mes recherches sur la diphtérie pourraient sauver des milliers d'êtres ?
PASCAL
Elles n'ont pas encore abouti, ne t'enflamme pas.
ETIENNE
Elles aboutiront.
PASCAL
Eh bien, après ? la belle affaire ! Quand vous guérissez une maladie, Dieu nous en envoie tme autre.