ACTE PREMIER
Il semble qu'il faille toujours ici-bas le même nombre de fléaux. Autant garder ceux qu'on connaît. Et puis, à quoi bon ? Il y aura éternellement des pauvres et des riches, des coquins qui ont de la chance et de braves gens qui n'en ont pas. Tu peux t'enfermer et travailler, tu peux avoir du génie, tu ne changeras pas le train des choses. Rien ne vaut la peine de rien.
ÉTIBNNE.
C'est la lâcheté que tu prêches là, l'inutilité de l'effort. Si nos pères avaient raisonné comme toi, la terre serait encore inhabitable et les hommes iraient ^out nus,
' PASCAL
Les femmes aussi.
• Nous, marcherions à quatre pattes, mon bon ami.
PASCAL
Ça m'amuserait peut-être beaucoup.
ETIENNE
Tu peins, de^ avbres, mais tes aïeux y grimpaient.
PASCAL
Je serais bien embarrassé d'en faire autant »
ETIENNE
Ce ôont.ceux que tu blagues, ce sont les savants, les artistes, et les poètes qui ont amélioré ce monde imparfait. Ce sont eux qui Tont rendu plus supportable, moins incommode aux jouisseurs et aux meurtde faim. Ils ont sans doute été de mauvais maris, des amis médiocres, des fils révoltés. Qu'est-ce que ça fait ? Leurs travaux et leurs rêveries ont semé du bon-
heur, de la justice et de la beauté sur la terre. Ils n'ont pas aimé, ces égoïstes, mais ils ont créé de l'amour pour ceux qui sont venus.
PASCAL
Eli bien, continuez, mes amis, supprimez la souffrance et la haine, je ne demande pas mieux, après
tout.
Nous y arriverons.
PASCAL
Dans six semaines ?
ETIENNE
Dans quelques siècles. Nous avons déjà reculé les limites de la vie.
PASCAL
Quelle cruautés. Qui sait? Avec impeu de chance, vous finirez peut-être aussi par supprimer la mort.
ETIENNE
Vaincre la mort? Eh I mon cher, nous spmmes si lancés.
PASCAL
Je voudrais bien vivre dans ce temps-UU
ETIENNE
Tu n'es pas marié, toi.
PASCAL
A quoi bon, d'ailleurs? Vous ne feriez pas la jeunesse plus longue.
jfiTIENNB.
Amoureux^ va.