‹ Théâtre d'amourChapitre 94 sur 232 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

QERMAINE^ éclatant.

Mais^ misérable I tu savais que je l'aimais^ il ne fallait pas m'épousçr.

ETIENNE

J'ai eu tort.

GERMAINE^ avec douleur, aree indignation.

Tu avais plus de trente ans, j'en avais vingt. On réfléchit, surtout quand on doit être aussi implacable. Je t'ai dit que je t'adorais, pourquoi m'as-tu prise? Pourquoi a«-tu été bon et faible? Pourquoi m'as-tu laissée croire à ton amour? Pourquoi m'astu menti, trompée? Pourquoi n'as-tu pas été cruel tout de suite ? Pourquoi as-tu si longtemps attendu pour m'apprendre la vérité?

ETIENNE

J'ai eu tort.

GERMAINE

Mais voilà. Tu n'es qu'un vaniteux au fond, un homme à femmes. Tu voulais être aimé.

ETIENNE

Oui, mais pas tant que ça t

GERMAINE

Je t'ai donné plus que tu ne demandais ?

ETIENNE

Justement.

GERMAINE

Pauvre homme I Je t'aime trop et tu ne m'aimea pas assfiz»^YQilà mon crmiè.

ÉTIENNB.

Voilà notre misère.

6EÎRMAINS.

Peu importe I Cet amour dont tu ne venx pîiis aujourd'hui^ cet amour que tu salis, puisque tu Tas encouragé et partagé, tu as perdu le droit de me le reprocher.

ETIENNE

J'en conviens.

OEHMAINÉ.

Et d'ailleurs, en admettant que tu ne l'aies ni encouragé ni partagé, de quoi donc suis-je si coupable ? Alors, parce que je suis ta femme, je ne dois pas t'aimer? Parce que je t'ai apporté la pudeur, la jeunesse et le dévouement, parce que je n'ai pas traîné dans les bras de dix hommes avant de te rencontrer, il m'est défendu de te parler d'amour ? Ce que vous réclamez, ce que vous implorez de la dernière des filles, vous le refusez de nous autres. Mais je n'en suis pas moins désirable parce que je n'appartiens qu'à toi, je ne vaux pas moins parce que je t'aime davantage f /

ETIENNE

Tu as raison, tu as raison.

GERMAINE

Hélas ! on devrait dire aux jeunes filles que l'amour et le mariage sont deux choses différentes, qui ne vont pas ensemble. Elles choisiraient avant, ou elles feraient comme vous, elles aimeraient d'abord et se marieraient ensuite. Tu m'as prise, n'est-ce pas ? pour tenir ta maison, surveiller les. domestiques et apaiser tes sens à l'occasion. Je suis une manière de servante ici. Ah I Tu comprends l'amour ' à l'état d'aventure, de plaisir, comme un sentiment de luxe; mais dans le mariage, dans cette vie paci-

fique où on se soigne^ où on calcule, où on s'occupe de sa fortune et de sa carrière, tu le considères comme une chose déplacée, insupportable et, si tu l'osaiç, tu dirais impudique. Mais, mon pauvre ami, sachele bien, si j'avais dû faire un msiriage de raison, je ne t'aurais jamais épousé.

ÊTIBNKB.

Et pourquoi dond?

QBRMAINE.

J'aurais trouvé mieux, et facilement Ma fortune, mon nom, mon âge, me permettaient de choisir et d'attendre. J'ai refusé des hommes plus riches, plus chics et plus célèbres que toi.

ÉTIBNNB.

C'est dommage.

GERMAINE

Tu n'as jamais été un savant pour moi, tu e» l'homme que j'aime.

ETIENNE

Je reconnais bien là ton égoîsme.

GERMAINE

Un mariage de raison avec toi ? Tu n'y songes pas. Si c'est là ce que tu me proposes aujourd'hui, il est trop tard, mon petit*

ETIENNE

Tant pis pour nous alors.

GERMAINE

Il est trop tard, car depuis huit ans, mensongère ou non, ma vie a été une vie d'amour. Un mariage de raison ? La belle existence que tu m'offres 1 Parbleu, ça ferait ton affaire. Je nous vois tous les deux ; nuit et jour tu t'enfermerais dans cette cham-

bre avec tes paperasses, et moi, je serais seule ou je cultiverais des amitiés utiles. Nous serions pareils aux autres. Nous parlerions d'argent, de santé ; au besoin je ne t'aimerais pas, mais j'accepterais tes caresses; sans avoir l'amour pour nous absoudre, nous serions attachés, liés physiquement et moralement jusqu'à la mort. Tu serais cet homme et je serais cette femme? Allons donc! c'est répugnant; et je plains deux êtres qui vivent ensemble de la sorte. Ce ne sont pas deux amis qui se soutiennent, * ce sont deux associés qui intriguent.

ETIENNE

Pas toujours, tu exagères.

GERMAINE

Pour ma part, je te le répète, je repousse cette union misérable, et je reste ce que je suis, amoureuse et romanesque. Je m'estime davantage avec les défauts que tu condamnes qu'avec les qualités / ' que tu demandes.

v3 Orgueilleuse !

ETIENNE

GERMAINE

Je t'obsède, je t'accapare, je trouble à chaque instant ta pensée, j'en conviens. Je suis tyrannique, jalouse, exaspérante, je le reconnais. Toute mon intelligence est d'accord avec toi, mais mon cœur et mon corps protestent, t'accusent, te trouvent injuste. La souffrance est plus forte que tous les raisonne* ments, vois-tu. Puis, qu'est-ce que la gaucherie de mon amour à côté de la pauvreté du tien ? Ne suisje pas une amie bonne et fidèle ? Ne t'ai-je pas consolé aux heures de découragement ? Serais-je aussi défiante, aussi importune, si tu ne prenais pas plai-

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