SCÈNE III. — PHANOR, ZIRPHÉE
PHANOR, à part.
Suivons les conseils de Phédime; voyons ce
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que peut la pitié sur un cœur aussi sensible. (Il fait quelques pas et s’arrête.) Zirphée, me permettez— vous d’approcher?
ZIRPHÉE, se levant.
Oui, Phanor, venez... je voudrais vous parler un moment.
PHANOR
Qu’avez-vous à me dire? Qu’ordonnez-vous?
ZIRPHÉE.
(A part.) Je ne sais que lui répondre; je me sens interdite. (Haut.) Phanor, je crains de vous affliger; je n’ose vous foire une question.
PHANOR
Que ne puis-je deviner ce que vous souhaitez, Zirphée ! vos désirs seraient prévenus.
ZIRPHÉE.
La reconnaissance la plus vraie m’attache à vous... pourtant je ne puis vous promettre de rester à jamais dans ce palais... Phanor, me laisseriez-vous la liberté de le quitter?
PHANOR
Je vous entends, et je ne me plains pas de la rigueur de mon sort. Ce palais est un asile ouvert à tous les malheureux, et non une prison ; vous y
êtes libre, il ne tient qu’à vous d’y régner; je
suis ici un infortuné soumis à vos lois , prêt à m’exiler pour vous plaire; rendez donc justice à mes sentiments, et ne voyez en moi ni un tyran ni un ravisseur.
ZIRPHÉE.
Vous, un tyran! Plianor, croyez-vous que j’aie douté un moment de votre générosité? Je puis n’être pas d’accord avec moi-même, je puis être inconséquente, bizarre; mais injuste envers vous, jamais !
PHANOR
Connaissez donc mon âme tout entière : je n’ignore point l’effet que doit produire ma présence, quel obstacle invincible une affreuse difformité oppose au bonheur de ma vie; je n’ai jamais eu l’espoir insensé de vous plaire, de vous engager à unir votre sort au mien ; j’ai gagné votre estime, c’en est assez. Après avoir obtenu le seul bien auquel il me fût permis de prétendre, je dois m’oublier, et ne plus m’occuper que de vous.
ZIRPHÉE.
Vous m’effrayez... Où tend ce discours?... Phanor, quel est votre dessein?
PHANOR
I)e vous rendre maîtresse absolue de votre destinée, de vous affranchir pour jamais de tout ce
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qui peut vous contraindre ou vous déplaire. Recevez cette boîte : elle renferme un anneau précieux ; en le portant vous vous trouverez transportée dans le lieu où vous désirerez être; et là, par le pouvoir de ce même anneau, tout ce que vous souhaiterez se réalisera : des palais, des jardins, tout ce que l’art et la nature offrent de plus beau...
ZIRPHÉE,
Reprenez vos dons, et daignez me souffrir où vous êtes.
PHANOR
Ne méprisez point ce dernier hommage du malheureux Phanor; adieu, Zirphée, pensez quelquefois à moi. Adieu!
(Il sort.)
ZIRPHÉE, seule.
Arrêtez, arrêtez.., Phanor! Phanor!... En vain je l’appelle. . . O ciel ! une terreur secrète glace mes sens... Son dernier hommage... Que signifient ces mots mystérieux? Que voulait-il dire? Je frémis... des idées confuses troublent mon imagination... Cette boîte qu’il m’a laissée me donnera peutêtre quelque éclaircissement... je n’ose l’ouvrir. (Elle la pose sur une table.) Ail ! courons. . . Phanor Seul peut me tirer du trouble affreux où je suis.