SCENE I. — PHASÉAR , seul
PHASÉAR.
C’en est donc fait ! je l’ai rempli cet engagement criminel... Je ne puis étouffer le remords qui m’oppresse. . . Ces malheureux étrangers, pénétrés de reconnaissance, viennent de quitter le palais en bénissant Orasis, le cruel Orasis, qui ne les a comblés de bienfaits que pour les couvrir d’ignominie... Cet homme favorisé du ciel, ce libérateur de l’Égypte, cet Orasis, si fameux par son génie, par sa fortune, que je l’ai mal connu!... Je l’admirais, ilm’étaitcher, et je sens qu’il a perdu tous droits à mon estime ! Comment peut-il attribuer à mon amitié le funeste service que je viens de lui rendre!... Non, je suis devenu son complice, j’ai cessé d’être son ami!... Cependant, qu’ai-je à lui reprocher? un désir de vengeance dont je suis consumé moi-même!... Mais, quoi qu’il puisse dire, ma haine est mieux fondée que la sienne. Si ses frères ont commis un crime
\oî JOSEPH.
affreux, ce fut dans un fatal moment de fureur et de délire; et, loin d’en avoir été la victime, Orasis n’a dû qu’à cet égarement son élévation et son bonheur; tandis que moi, indignement trahi par un frère qui me doit sa fortune, je n’ai trouvé en lui qu’un rival ambitieux qui me traverse dans tous mes desseins! Joignant l’insolence à l’ingratitude, il me brave avec audace, et ne redoute ni ma haine ni mon ressentiment... Puis-je acheter trop cher le plaisir de l’humilier et de le confondre?... Enfin, demain je serai vengé!... On vient ; c’est Orasis ; cachons-lui le trouble qui m’agite.