‹ Théatre d'education a l'usage de la jeunesse (volume 2)Chapitre 58 sur 122 · SCÈNE V. — RUTH, JÉPHONÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE V. — RUTH, JÉPHONÉ

JÉPHONÉ, au fond du théâtre.

Comment ! elle est assise, elle ne travaille pas !... L’orge que j’ai répandue là, et tout exprès pour elle, elle ne l’a même pas vue... (il s’approche.) Et bien, Ruth, à quoi pensez-vous ? Si vous n’êtes pas plus laborieuse , mon maître ne vous protégera point.

RUTH, se levant précipitamment.

Je vais chercher ma corbeille. . .

JÉPHONÉ.

Je m’attendais à vous trouver à l’ouvrage...

RUTH

Je m’y mets sans délai...

JÉPHONÉ.

Booz m’a commandé de ne point souffrir ici de paresseux...

RUTH

Oh, ne me renvoyez pas de ce champ!... je

■ i. ii

182 RÜTH ET NOÉMI.

n’irais pas clans un autre, et je serais si malheureuse !...

JÉPHONÉ.

Allons, allons, ne vous affligez pas, et réparez le temps perdu. (Ruth s’éloigne, va prendre sa corbeille et se met à glaner.) Que sa douceur me touche !...

RUTH, dans le fond.

Quelle quantité d’orge !... Mais il n’est pas possible qu’en moissonnant on en ait tant laissé! Et une javelle tout entière!... (Elle se rapproche de Jéphoné.) Je n’ose prendre tout ce que je trouve...

JÉPHONÉ.

Prenez, prenez... vous le pouvez.

RUTH

Mais venez voir ce qui est répandu autour de ma corbeille...

JÉPHONÉ, en souriant.

Emportez tout, je vous le permets...

RUTH

Pardon... mais Booz sait-il?...

JÉPHONÉ.

Que de scrupules!... Allez, vous dis-je; je n’agis que par les ordres de mon maître...

RUTH

Ah ! maintenant je vais ramasser cette orge avec un plaisir !...

COMÉDIE. 183

JÉPHONÉ.

Écoutez : quand vous aurez fini, comme votre maison est à deux pas d’ici , vous irez porter chez vous ce que vous aurez glané ; ensuite vous reviendrez, et je vous donnerai à dîner... (il fait quelques pas et revient.) N’oubliez pas d’emporter la javelle... entendez-vous?

Quoi! la javelle... tout entière! Booz l’a donc permis?...

JÉPHONÉ.

Je n’ai jamais vu de fdle si curieuse...

RUTH

Mais, de grâce, répondez-moi, ou bien je n’oserai jamais toucher à cette belle javelle...

JÉPHONÉ, avec humeur.

Eh ! croyez-vous que je vole mon maître pour vous?...

RUTH

Oh ! ne vous fâchez pas. . . à présent je suis satisfaite.

JÉPHONÉ.

Adieu, hâtez-vous, et soyez ici dans une demiheure.

(Il sort.)

RUTH ET NOÉMI

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