SCÈNE I. — BOOZ, JÉPHONÉ
JÉPHONÉ.
Il a bien fallu répondre à ses questions ; ainsi elle a découvert tout ce que vous m’aviez ordonné de lui laisser ignorer.
BOOZ
Les cœurs reconnaissants pénètrent si facilement de pareilles intentions ! un instinct sûr leur fait découvrir les bienfaits que la délicatesse voudrait leur cacher. As-tu fait dire à sa mère de venir me parler?
JÉPHONÉ.
Oui, maître ; et sûrement elle ne tardera pas à se rendre ici.
BOOZ
Ruth a dîné avec les glaneuses?
JÉPHONÉ.
Elle est revenue très-tard, alors que le dîner
COMÉDIE
était presque fini. Ce que je lui ai donné, elle l’a mis dans une corbeille, et l’a emporté chez elle...
BOOZ
Pour sa mère, j’en suis sûr !...
JÉPHONÉ.
Il se pourrait ; car avant-hier elle garda aussi son dîner. Sa mère étant venue la retrouver dans le champ, Ruth lui présenta sa portion en lui disant : « J’ai bien dîné, et je vous ai réservé cela. » Cependant elle n’avait mangé qu’un petit morceau de pain.
BOOZ
Je t’avais recommandé de lui donner aujourd’hui des fruits, des légumes...
JÉPHONÉ.
Oui, et en outre, de doubler la portion ordinaire ; c’est ce que j’ai fait. . .
BOOZ
Mais tu aurais dû l’engager à manger devant toi.
JÉPHONÉ.
Elle s’y est refusée; elle était triste, pensive...
Triste?. . .
BOOZ
RUTH ET NOÉMI
JÉPHONÉ.
Je crois même qu’elle avait pleuré.
BOOZ
L’as- tu questionnée?
JÉPHONÉ.
Non; vous ne m’aviez pas dit de le faire...
BOOZ
J’aperçois sa mère; laisse-moi, Jéphoné.
JÉPHONÉ.
Ruth, sans doute, l’aura suivie jusqu’à l’entrée du champ...
BOOZ
Va la trouver; dis-lui qu’elle attende sa mère dans ma maison. . . Noémi s’approche, va. . .
JÉPHONÉ, en s’en allant.
Vous me renvoyez, c’est pour faire en secret quelque bonne action ; il y a longtemps que j’y suis habitué !...
(Il sort.)
BOOZ, seul.
Une bonne action ! oui, sans doute, c’en est une; mais je n’ose interroger mon cœur sur le motif qui m’y porte.
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