SCÈNE y. — NOÉMI, RUTH, JÉPHONÉ
JÉPHONÉ.
Je viens de la part de mon maître.
NOÉMI
Eh bien?...
JÉPHONÉ.
Il craint que vous ne vous ennuyiez ; il m’envoie vous dire qu’il vous conjure de rester ici, quoiqu’il ne puisse s’y rendre que dans une heure.
NOÉMI
Ne savez-vous rien de plus?
JÉPHONÉ.
Oh ! je sais tout. J’ai suivi mon maître ; il a d’abord été chez un des juges, avec lequel il s’est enfermé, après m’avoir ordonné de rassembler de sa part dix des anciens, et de les conduire aux portes de la ville : j’ai bien vu alors qu’il s’agissait d’une déclaration publique...
RUTH , à part.
Je respire à peine !
NOÉMI
Et quand vous avez été aux portes de la ville?...
COMÉDIE
JÉPHONÉ.
Mon maître est arrivé presque au même instant avec le juge, son ami, et il a fait sa déclaration...
RUTH, à part.
O Booz !
JÉPHONÉ.
Il a dit qu’il était votre parent, qu’il s’intéressait à votre sort... et beaucoup d’autres choses encore ; il a fini par demander que le jeune homme comparût...
RUTH
Comment?... quel jeune homme?
JÉPHONÉ.
Samir, ce jeune homme qui est votre plus proche parent.
RUTH
Mon plus proche parent?
JÉPHONÉ.
Quoi! vous l’ignoriez?... cependant, lorsque mon maître vous a quittée, il le savait déjà, car, tout en marchant dans les rues, il a répété plusieurs fois le nom de Samir. Le juge qu’il a été trouver d’abord, et qui connaît parfaitement toutes les familles de Bethléem, après avoir feuilleté ses livres, a découvert qu’en effet le parent le
RUTH ET NOÉMI
plus près deNoémi, du côté d’Élimélech son mari, c’était Samir.
RUTH, à part.
Qu’entends-je?... Je ne puis retenir mes larmes.
JÉPHONÉ.
Booz a expliqué toutes ces choses, et puis il a demandé qu’on allât chercher Samir... Soyez sûre qu’il le décidera à épouser Ruth : d’ailleurs, les lois y obligent ce jeune homme. Pendant qu’on attendait Samir, mon maître m’a appelé et m’a envoyé vers vous...
RUTH, à part.
Que je suis à plaindre !
JÉPHONÉ, à Ruth.
Je vous félicite de votre bonheur, Ruth ; vous méritez d’être heureuse, vous le serez : Samir est un jeune homme de bien, doux, craignant Dieu... D’ailleurs, il est riche...
NOÉMI
Il suffit, Jéphoné, laissez-nous; je voudrais m’entretenir avec ma fille.
JÉPHONÉ.
Allons, je vais retrouver mon maître; peut-être à présent le rencontrerai-je en chemin.
(Il sort.)
COMÉDIE